« Dans le roman de Vassili Grossman, Vie et destin, Victor Pavlovtich Strum est un scientifique, spécialiste de physique nucléaire, qui parvient à une grande découverte. Malheureusement pour lui, outre qu’il est juif et que le pouvoir soviétique est alors guidé par un antisémitisme diffus et virulent, ses travaux ne correspondent pas à la vérité du Parti. (…) Le monde contemporain n’en est pas là, mais il faut s’inquiéter d’un discours ambiant qui semble faire de la vérité scientifique une mesure incertaine, à laquelle chacun pourrait substituer sa propre analyse et compréhension de la réalité. Le relativisme est partout : il n’y a plus de vérité, que des perceptions alternatives qui disputent. »

Voici le texte de ma chronique pour L’Opinion du 28 septembre 2020:
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Dans le roman de Vassili Grossman, Vie et destin, Victor Pavlovtich Strum est un scientifique, spécialiste de physique nucléaire, qui parvient à une grande découverte. Malheureusement pour lui, outre qu’il est juif et que le pouvoir soviétique est alors guidé par un antisémitisme diffus et virulent, ses travaux ne correspondent pas à la vérité du Parti. Il se retrouve donc condamné sans jugement, ostracisé sans faute, exclu sans salut. Ses collègues s’éloignent, l’évitent, le trahissent. Ses amis le supplient de modifier ses conclusions, pour qu’elles correspondent à la doctrine officielle. Il refuse. Jusqu’au jour où il entend la voix de Staline qui le réhabilite d’un simple coup de fil, faisant revenir à lui relations, respect et considération scientifique.

En URSS, application parmi d’autres de ce communisme qu’on promettait théoriquement heureux et qui parvient en pratique systématiquement à l’aliénation et la misère des hommes, la science n’existait pas – ou plutôt, elle n’existait que dans la mesure où le Parti avait décidé qu’elle le pouvait. La réalité même ne pouvait être exprimée que si elle se pliait aux goûts du dictateur en place. Cette contamination de la science par l’idéologie est un trait commun des régimes et pensées totalitaires.

Le monde contemporain n’en est pas là, mais il faut s’inquiéter d’un discours ambiant qui semble faire de la vérité scientifique une mesure incertaine, à laquelle chacun pourrait substituer sa propre analyse et compréhension de la réalité. Le relativisme est partout : il n’y a plus de vérité, que des perceptions alternatives qui disputent.

Cette dynamique est d’autant plus forte qu’une partie des intervenants – et notamment les extrêmes – se parent des beaux sentiments d’un prétendu désintéressement altruiste. Puisque les intentions sont supposées être bonnes ou les objectifs réputés généreux, la science pourrait être écartée. Peu importe dès lors ce que la recherche dit des OGM, de la 5G, du nucléaire ou des pesticides, puisque ceux qui entendent les interdire sont purs ! Leurs conclusions se passent de démonstration rigoureuse.

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