Voici le texte de ma chronique du 22 octobre !

La semaine dernière, les vitupérations agressives et la violence verbale – voire physique, de Jean-Luc Mélenchon sont parvenues à éclipser de l’actualité le « remaniement ». C’est un peu dommage car derrière les changements techniques se cachaient quelques messages politiques, à rebours de ceux qui avaient été transmis depuis 2017.

Le « remaniement » traduit d’abord une volonté de l’Exécutif de renforcer la cohésion de sa majorité, en favorisant le retour du Centre qui avait été rapidement écarté du pouvoir en 2017. C’est un signal important à l’approche des prochaines échéances électorales. Il n’est toutefois pas certain que cela suffise pour relancer une dynamique de transformation du pays : les expériences passées et étrangères semblent indiquer que, pour réformer profondément, il faut s’appuyer sur une base politique et sociale large (1). Avec le remaniement, la majorité est consolidée, mais elle n’est pas élargie.

Le deuxième message du « remaniement », qui découle du précédent, c’est le retour en force de la politique, alors même que son évacuation au profit de la technicité d’une part et de l’amateurisme d’autre part avait été vantée. C’est un signal positif : l’observation des réformes dans les pays développés montre qu’elles ne peuvent être uniquement des affaires d’experts. Pour réussir, un projet de transformation doit être porté par une vision collective et une incarnation partagée. Il doit également réserver une attention particulière aux victimes des changements. Ces éléments avaient semblé manquer depuis 2017. Le remaniement de la semaine dernière est une indication que le gouvernement souhaite y remédier ; en l’absence de personnalités politiques de premier plan pouvant s’appuyer sur une base électorale (un parti, une collectivité) importante, le défi reste cependant élevé.

Une colère gronde. Le dernier message du remaniement renvoie à l’attention portée aux « territoires ». Cette mission, confiée à un grand ministère, décline dans la verticalité la réintégration des préoccupations politiques, alors même qu’une colère gronde parmi les élus locaux. C’est un signe positif, même s’il est directement contrarié par l’activisme de militants LREM sur les réseaux sociaux, qui diffusent une mise en cause des maires.

L’Etat hypercentralisé et sclérosé par un passif financier asphyxiant doit se retirer progressivement pour laisser se déployer les initiatives locales

La revitalisation des territoires ruraux est un sujet de première importance : l’image (et la réalité) d’une division du pays entre les élites urbaines et les citoyens délaissés des campagnes est un défi politique et social majeur. Les incantations ne suffiront pas à y répondre. Or, faute de ressources, il n’est pas certain que l’Etat ait plus d’influence qu’un ministère de la parole en la matière.

La solution viendra une fois de plus de l’initiative privée et de la stimulation économique. Un livre récent offre des pistes intéressantes à cet égard : la valorisation des produits et identités locales. Dans un univers hyperconcurrentiel, et alors que les citoyens sont demandeurs d’un sens qu’ils estiment trouver dans l’attachement à une forme d’authenticité, les collectivités et leurs acteurs ont des atouts à défendre.

Pour qu’ils se révèlent pleinement, l’Etat hypercentralisé et sclérosé par un passif financier asphyxiant doit se retirer progressivement pour laisser se déployer les initiatives locales. Sa meilleure stratégie reste, dès lors, de se transformer lui-même et laisser la société se réinventer. Malheureusement, le « remaniement » reste silencieux sur ces sujets.

Erwan Le Noan

(1) Le Noan, Montjotin, Gouverner pour réformer, Fondapol

(2) Plasseraud, Typicité, TIR

 Texte initialement paru dans L’Opinion du 22 octobre 2018
Publicités