Voici le texte de ma chronique du 17 septembre 2018

Lors de son discours de rentrée, Christophe Castaner a expliqué que son parti souhaitait engager « une réflexion sans tabou pour une refonte de la fiscalité sur les successions ». S’il a laissé toutes les pistes ouvertes, il a expliqué que taxer l’héritage était « l’outil privilégié pour corriger les inégalités de naissance ».

La France impose déjà très lourdement les successions. Pourtant, les inégalités (mesurées par le coefficient de Gini) y sont plus élevées que dans des pays comme la République Tchèque, la Norvège, l’Autriche ou la Suède, où cette fiscalité est nulle. Elles y sont d’un niveau équivalent à celles d’un Etat voisin que les Français se plaisent à décrire comme un « paradis fiscal » : la Suisse, à laquelle François Garçon vient de consacrer un ouvrage passionnant (1).

Dans ce pays, qui compte 400 000 millionnaires, l’incitation par l’éducation est préférée à la punition par l’impôt. Ce n’est pas un vain mot : le système éducatif suisse irrigue la société, de l’école jusqu’à l’emploi.

L’un de ses piliers repose sur la formation professionnelle à laquelle les jeunes sont éveillés dans l’âge de 12 ans : à l’issue de la scolarité obligatoire, les deux tiers choisissent cette voie d’excellence qui les prépare aux meilleures carrières professionnelles. On est loin des élites françaises qui regardent avec condescendance ces formations, qu’elles ne valorisent dans leur discours qu’à la condition qu’elles profitent aux enfants des autres.

Cette formation initiale est complétée par un système d’enseignement supérieur à la réputation internationale (ainsi des écoles polytechniques fédérales, dont celle de Lausanne est emblématique). Il faut dire qu’il est clairement porté par un esprit de stimulation : la loi universitaire de 1999 indique que, « pour promouvoir la qualité de l’enseignement et de la recherche, [la Confédération] encourage (…) la compétition entre les hautes écoles universitaires ». Quel contraste avec le discours de certains universitaires français sur les méfaits imaginaires de la concurrence !

A ces enseignements initiaux, la Suisse ajoute une formation continue de haute qualité (économiquement rentable !) : elle permet aux Suisses d’envisager des carrières dynamiques, sans « culte totémique du diplôme national » ajoute François Garçon, qui ironise sur l’habitude des Français d’indiquer les diplômes du défunt dans les notices nécrologiques.

Ce cocktail sain conduit la Suisse à se placer en tête des classements internationaux en matière d’innovation, produisant les succès de Solar Impulse ou d’Alinghi (double vainqueur de la coupe de l’America) et accueillant des géants mondiaux comme Nestlé, Novartis ou Roche.

Certes la vie suisse est chère (la faute au déficit de concurrence, dénonce François Garçon) et le pays compte 530 000 pauvres, mais le résultat est édifiant : des inégalités contenues, un revenu médian de plus de 5 500 euros (contre 1 700 en France) et un PIB par tête deux fois supérieur à celui des Français … alors qu’il était équivalent dans les années 1970 !

En France, il est un moyen simple de briller (un peu) en société. Il suffit d’expliquer ce qui se fait à l’étranger, car peu nombreux sont ceux qui ont cette curiosité : chez nous, chacun est convaincu que le génie français se suffit à lui-même. Pourtant, il y a plein de bonnes idées au-delà de nos frontières. Comme éduquer pour donner sa chance, plutôt que taxer pour punir.

(1) Le génie des Suisses, Taillandier, 2018

Papier paru dans L’Opinion
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