Voici le texte de ma chronique du 2 juillet 2018

Lorsqu’ils souhaitent disqualifier leurs contradicteurs réformateurs, les militants de gauche ont, parmi leurs techniques oratoires, un argument systématique : les qualifier de « porte-parole du Medef ». Souvent, leurs interlocuteurs battent en retrait ou tentent de se démarquer : être du côté du « patronat », c’est un peu avoir signé un pacte avec le diable.

Prolongeant l’attaque, les néo-révolutionnaires s’en prennent généralement aux aides versées aux entreprises par les divers gouvernements qui se sont succédé au pouvoir, tous suppôts du capitalisme et soumis à des influences financières occultes. Là, ils ont un point, mais pas celui qu’ils croient.

Dans un pays où l’Etat régule tout, la mission des organisations syndicales, qu’elles soient patronales ou salariées, est nécessairement de réaliser un travail de lobbying pour obtenir ici une norme moins défavorable, là un régime d’aides plus avantageux. Puisque l’Etat s’immisce dans toutes les activités économiques, soit pour les organiser soit pour en prélever quelques impôts, elles doivent être en relation et négociations permanentes avec lui. Parfois, elles font le choix de la confrontation. Parfois aussi, celui de la collusion. Les amendements parlementaires se diffusent, les rencontres officieuses se multiplient.

Haute administration. Cette convergence est d’autant plus forte dans les pays où les élites sont, globalement, issues des mêmes écoles et des mêmes milieux sociaux. C’est encore plus vrai en France où la haute administration contrôle les secteurs public et privé. On ne compte ainsi plus les hauts fonctionnaires qui occupent des postes de direction dans nos plus belles entreprises. De la part des dirigeants et actionnaires, ces embauches sont rationnelles : il est de leur devoir de choisir les stratégies permettant leur meilleur développement. Si cela doit passer par le recrutement de fins connaisseurs de l’appareil administratif omnipotent auquel elles ont affaire chaque jour, on ne peut leur en faire le reproche : elles sont complices, mais pas coupables.

Pour sortir de ces situations que les libéraux anglo-saxons appellent « capitalisme de copinage », les entreprises doivent exiger que la puissance publique les laisse tranquilles et libres de développer leurs affaires

L’extrême gauche a donc raison de dénoncer la proximité du patronat et du pouvoir, quel qu’il soit. Mais elle devrait dénoncer aussi celle des syndicats de salariés. Surtout, si elle veut y mettre un terme, elle n’a d’autre choix que de réduire le rôle de l’Etat : dans une démocratie, c’est sur la puissance publique que doit peser la contrainte, pas sur la société libre.

Pour sortir de ces situations que les libéraux anglo-saxons appellent « capitalisme de copinage », les entreprises doivent exiger que la puissance publique les laisse tranquilles et libres de développer leurs affaires. Bien sûr, un compromis comme le CICE vaut mieux qu’une fiscalité asphyxiante, mais cela reste une solution précaire.

Le Medef doit y réfléchir, pour mieux incarner les jeunes entrepreneurs. Ces ‘start-upers’ sont, même inconsciemment, le reflet du rejet de l’Etat-Providence et de son système de régulation. Souvent, ils ont fait des études à l’étranger, ce qui est leur façon d’acter l’échec de l’enseignement français. Souvent aussi, ils ont créé leur entreprise parce qu’ils constatent que la régulation du marché du travail est un lamentable désastre. Ils sont le miroir d’une nouvelle économie qui demande de la liberté et de la responsabilité, pas du copinage.

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