J’ai répondu à quelques questions d’Atlantico 

Atlantico : Le quinquennat d’Emmanuel Macron est mené à un rythme d’enfer et enchaîne les réformes dans tous les domaines, au point que certains élus  En marche estiment que le programme pourrait être terminé en 2 ans. Si c’est le cas, quelles sont les suites possibles? Une phase de redistribution est–elle envisageable?

Erwan Le Noan : L’enthousiasme de ces élus En Marche, si les propos sont vrais, mériterait d’être mesuré. Pendant la campagne, Emmanuel Macron avait publié un livre dont le titre était « Révolution ». A ce stade, il a enchainé des réformes, importantes mais pas toujours profondes ni structurelles ; on est donc très loin d’une révolution. A ce jour, rien de substantiel n’a été fait sur la fiscalité ou la dépense publique. La fonction publique n’est toujours pas réformée. Dans l’Education, on ne voit toujours pas poindre l’autonomie des établissements qui était promise. La réforme des universités n’est pas non plus un bond dans le 21e siècle. Si le projet d’Emmanuel Macron est toujours la refondation du pays, il n’en est même pas aux prémisses ; il devrait donc saisir l’opportunité offerte par une conjoncture économique favorable pour accélérer les réformes économiques.

Le discours favorisant une redistribution se fait de plus en plus entendre, visiblement, au sein de la majorité. C’est une mauvaise idée : pour redistribuer, il faut avoir créé de la richesse ; or, à ce jour, aucun levier structurel n’a été mis en œuvre pour créer durablement une croissance forte. Cela n’interdit pas au Président d’aborder les questions sociales ; mais avant de redistribuer il faut les rendre efficaces.

Les prévisions de croissance ne tablent pas sur une conjoncture plus favorable dans les deux ans à venir, ce qui risque de rendre les résultats des actions engagées décevants… La phase 2 du quinquennat peut-elle conduire le gouvernement à défendre un « faux bilan »?

Quels sont les risques dans le contexte des futures échéances électorales?

Erwan Le Noan : Le Gouvernement devrait profiter du contexte économique favorable pour engager des réformes difficiles et libérer le pays de la dépense publique et de la fiscalité. Il n’en fait rien pour le moment. Une fois que la croissance va ralentir et que les échéances électorales vont se rapprocher, il sera toujours plus difficile de réformer ; et toujours plus tentant de faire quelques « cadeaux » à telle ou telle catégorie d’électeurs, comme l’ont fait tous les gouvernements.

Le gouvernement a évoqué des réformes sociétales à partir de 2019, telles que la PMA / GPA et l’euthanasie. Cette stratégie peut-elle s’avérer payante ou au contraire risquée ?

Erwan Le Noan : Avant de parler de stratégie, on ne peut retirer au Président et son gouvernement d’être, peut-être, très sincères sur ces sujets. Pour autant, ils ne peuvent ignorer qu’ouvrir ces débats aura pour effet de radicaliser une partie de l‘opinion et de réveiller une partie des esprits les plus militants. Si le Gouvernement est cynique, cela ne pourra pas lui faire de tort d’avoir une extrême gauche caricaturée par ses blocages et manifestations ; et une droite qui se ‘radicalise’ sur les questions sociétales. Si ce scénario survient, LREM sera gagnant puisqu’il incarnera le seul parti de gouvernement crédible

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