Voici le texte de ma chronique du 12 mars 2018

Les grands opérateurs du numérique sont accusés de nombreux maux, mais ils sont aussi de formidables aiguillons de la concurrence. Il suffit d’observer les secteurs vers lesquels ils poussent leur croissance pour comprendre où l’économie contemporaine regorge de marges. Leur dernière cible : la banque.

Chaque personne qui a un jour eu la joie de réaliser un projet nécessitant un financement bancaire le sait : le conseiller d’agence, si prompt à proposer des produits et prélever des frais de gestion, est manifestement moins joignable et considérablement moins réactif dès lors qu’il s’agit de prêter de l’argent. Il se transforme alors en une caricature d’exigence administrative, qui peut faire pâlir de nombreux fonctionnaires tatillons : l’édition de la moindre offre donne lieu à la publication d’une encyclopédie de pages écrites en caractères minuscules, toutes à parapher mécaniquement.

Le conseiller bancaire, si prolixe pour vanter les bienfaits d’un produit qu’il a –assure-t-il, vendu à ses propres neveux et nièces, l’est beaucoup moins dès lors qu’il s’agit de soutenir un projet. Toujours prêt à accueillir vos liquidités, le voilà bien frileux quand il doit vous avancer les siennes : il n’avancera pas le moindre euro s’il ne s’est pas surprotégé, quitte à demander des garanties qui, si vous les déteniez, vous conduirait à vous autofinancer. Et ne comptez pas sur lui pour vous expliquer comment les taux qu’il propose peuvent être aussi élevés alors que ceux de financement auprès de la BCE sont si faibles. Et passons sur les exigences parfois réclamées pour pouvoir disposer de votre propre argent…

De manière générale, les Français sont modérément satisfaits de leurs banques. S’il n’y a pas d’hostilité, il n’y a pas non plus d’enthousiasme : la confiance est là, mais les banques ne semblent pas rendre beaucoup de services dans les aléas de la vie (1). De plus en plus de Français ont désormais deux comptes, facilités par le développement des banques en ligne et leurs coûts moins élevés (10% des Français y auraient un compte).

Ces opérateurs numériques ont été un premier coup de semonce dans le monde bien calme des banques. Elles sont venues stimuler la concurrence pour capter les clients. Mais elles restent la propriété des grands groupes : Boursorama est à la Société générale, Fortuneo et Monabanq au Crédit Mutuel, Hello Bank à la BNP et BforBank au Crédit Agricole !

Ceux-ci ne doivent pas s’inquiéter outre-mesure. La réglementation est particulièrement protectrice : se lancer dans le secteur n’est pas chose aisée. En France, particulièrement, les banques ont la réputation d’avoir une capacité d’influence impressionnante : le fait que leurs principaux dirigeants sont souvent issus de la (très) haute fonction publique et passés par les cabinets ministériels n’y est probablement pas pour rien. Il n’y a pas que dans ce secteur que le « capitalisme de connivence », pour reprendre l’expression de Jean-Marc Daniel, tourne à plein. Il ne faudrait pas qu’il vienne ralentir l’élan concurrentiel, notamment en imposant des régulations asphyxiantes. Bruno Le Maire a récemment fait des déclarations pour encadrer le Bitcoin, multipliant les erreurs grossières montrant sa mauvaise connaissance du phénomène, se faisant ainsi le porte-parole des revendications des banques traditionnelles, qui ne semblent pas accueillir positivement cette technologie qui pourrait, disent ses défenseurs, les ratiboiser en supprimant toute intermédiation

Les géants du numérique pourraient venir changer cela. Ils ont la donnée. Ils ont d’extraordinaires capacités technologiques et financières. Les marges des banques vont se réduire. Les charges imposées aux consommateurs aussi. Le régulateur a intérêt à accompagner ce mouvement plutôt qu’à tenter de le contraindre !

(1) Baromètre Deloitte 2017

 Photo by Marco Xu on Unsplash
 https://www.lopinion.fr/edition/economie/balance-ton-banquier-144798
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