Ma chronique du 19 février 2018

La semaine passée a été celle du triomphe pour Jean-Michel Blanquer. La réforme du bac a été saluée, son émission de télévision un succès et Le Point l’a même intronisé « vice-président » ! Le ministre de l’Education nationale est plébiscité et les projets qu’il porte applaudis. Les défis restent toutefois immenses : les mesures annoncées, bienvenues, ne peuvent constituer qu’une toute première étape à une vraie réforme. Plus encore, s’il n’y prend garde, au lieu de libérer, le ministre pourrait être en train de perpétuer le monopole asphyxiant de la rue de Grenelle.

Son bilan est, à ce jour, symboliquement fort. Par son discours, il marque une rupture franche (et salutaire !) avec le précédent quinquennat : valorisation de la transmission (y compris latin et grec), de l’autorité (interdiction des portables), de l’effort scolaire. Par ses mesures, il introduit des nouveautés, comme le dédoublement des classes de CP. Le tout sans heurt : alors qu’au ministère, de nombreux fonctionnaires s’attendaient à une tornade, ils constatent que le ministre avance avec une extrême prudence et une tactique de sioux. La droite proteste car, pour accroître les moyens par ici, il faut bien les retirer par là ; mais elle n’a rien à proposer.

Si les buts poursuivis sont mobilisateurs, ces premières étapes ne peuvent être que les prémisses d’une réforme. Le toilettage du bac est bienvenu, mais les vrais problèmes portent sur les seize années d’éducation en amont. Plusieurs dispositifs sont intéressants mais la mise en œuvre pratique est parfois décevante : par exemple, le dispositif « devoirs faits » se limite à une poignée d’heures hebdomadaires, en grands groupes.

Une démocratie qui prétend prévenir plutôt qu’elle ne corrige, qui régule la liberté plutôt qu’elle ne sanctionne les abus

L’éducation frémit, mais on est loin de la révolution.

D’abord, le fonctionnement du ministère reste profondément centralisateur. Annoncer une dictée quotidienne en CP est populaire (sans être structurel) mais contradictoire avec le discours favorable à l’autonomie (dont on ne voit toujours aucun indice). Ensuite, et c’est plus inquiétant, les réformes en cours pourraient porter un coup sévère à la liberté scolaire – déjà fragile.

Candidats libres. L’instauration du baccalauréat en contrôle continu pose un premier défi. En l’état, les établissements privés (hors contrat) ne savent pas si leurs élèves pourront se présenter en candidats libres, ni comment. Qu’adviendra-t-il de tous les modes de scolarisation alternatifs (établissement privé, cours à la maison, etc.) s’ils doivent demain être homologués par la très conservatrice et monopolistique Education nationale ?

Le second défi vient du Sénat qui envisage de considérablement renforcer les conditions d’ouverture des écoles hors contrat (en France, une école ne peut prétendre au « contrat » qu’après cinq années d’existence). Ce projet, qui bénéfice du silence du gouvernement, reprend un texte déjà présenté par Najat Vallaud-Belkacem (et censuré par le Conseil constitutionnel pour « atteinte disproportionnée à la liberté constitutionnelle d’enseignement »). Son objectif, plutôt inavoué, est de réguler l’ouverture des écoles musulmanes, pour lutter contre celles aux mains des extrémistes, sans l’assumer publiquement. Mais la solution pratique est asphyxiante pour toutes les autres. C’est un signe supplémentaire d’une démocratie qui prétend prévenir plutôt qu’elle ne corrige, qui régule la liberté plutôt qu’elle ne sanctionne les abus. Son effet sera évident : renforcer les barrières à l’entrée et le monopole de l’Education nationale.

https://www.lopinion.fr/edition/economie/reforme-blanquer-mythes-realites-erwan-noan-143518
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