Voici le texte de ma chronique du 29 janvier 2018

Ce 25 janvier, Laurent Wauquiez faisait la première « grande » émission politique depuis son élection à la présidence des Républicains. Après la déroute de 2017, le parti de droite tente une stratégie : mobiliser sa base. Mais pour cela il a fait le choix d’adopter un discours de rejet de l’économie libérale. Au lieu de créer une offre, il court après sa propre demande.

Sans surprise, l’audience n’a pas été au rendez-vous. En 2017, les électeurs ont montré leur lassitude : un quart n’a pas voté au premier tour de la présidentielle, la moitié à celui des législatives ; ceux qui y ont participé ont élu un Exécutif qui revendique d’être composé d’experts ne laissant place à aucune considération politique au sein du gouvernement (ce qui devrait nous interroger sur l’état de notre démocratie…). Comment s’étonner dans ces conditions qu’ils ne se précipitent pas sur une émission qui pourrait rouvrir les oppositions frontales qu’ils ont tenté d’éteindre ?

Une autre raison explique ce résultat : la faible attractivité de l’offre. En la matière, Laurent Wauquiez ne jouit pas d’une extraordinaire popularité. Surtout, il a fait le choix d’une stratégie qui se concentre sur son cœur électoral : quatre ans avant l’élection présidentielle, le Président de LR, à la façon d’une entreprise sortant d’une crise, n’a cure d’emporter l’approbation des électeurs en général ; son objectif est de remobiliser ses clients fidèles.

Parts de marché. Le discours de Laurent Wauquiez, tel qu’il s’imprime dans l’opinion publique, vise ainsi à accaparer une demande particulière : celle des classes moyennes et de la « France périphérique » qui pourrait se sentir délaissée par la politique d’Emmanuel Macron. Le plus simple consiste à dénoncer ce qui l’inquiète. Il s’en retrouve ainsi, en chœur avec le Front de gauche, à dénoncer les baisses d’impôts qui profitent aux « plus riches » et à conspuer la concurrence !

Cette stratégie peut avoir du succès : si la droite conserve l’électorat de François Fillon et gagne des points sur le FN, Laurent Wauquiez sera au second tour en 2022. Mais courir derrière la demande pour gagner quelques points, en se convainquant que sa base électorale est captive, et espérer ainsi remporter l’élection, mérite débat. Cette stratégie consiste à se définir en négatif, en fonction des faiblesses de l’offre adverse et en espérant capitaliser sur elles. Ce faisant, elle reste toujours soumise aux décisions de ses concurrents. Elle ne met pas à l’abri d’un changement du marché politique : quid, si En Marche gagne à droite, notamment aux Européennes, ou si le FN se refonde sans Marine Le Pen ? Cette stratégie prépare une conquête électorale, mais pas un mandat transformateur, pour lequel l’assise électorale doit être large : elle gagnera des parts de marché, elle ne conquerra pas le marché.

Une autre stratégie gagnante consisterait à définir une offre nouvelle, qui façonne le débat public, en défendant une vision (ce qu’a réussi Emmanuel Macron en 2017). Les voies pour Les Républicains sont nombreuses qui permettraient de soutenir par l’économie de marché à la fois une réforme profonde du pays, qui n’arrive pas, et une attention nécessaire aux plus fragiles, abandonnés par des années d’État-providence. La droite pourrait repenser les sujets « collectifs », qui incluent certes la Nation mais aussi les services publics, dont ne parle jamais le Gouvernement.

Au lieu de choisir une telle option, Laurent Wauquiez préfère à ce jour une stratégie de la demande et un discours économique socialiste.

https://www.lopinion.fr/edition/politique/pourquoi-laurent-wauquiez-a-adopte-discours-rejet-l-economie-liberale-142270
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