J’ai répondu à quelques questions pour Atlantico

1-​Selon les informations du JDD, Arnaud Montebourg aurait déclaré, à propos des LR « Wauquiez, c’est la meilleure chose qui pouvait vous arriver. Il va clarifier les choses, faire le ménage. Chez vous, ça fonctionne ». Une déclaration confortée par les résultats des élections partielles qui se sont tenus ce 28 janvier, et qui ont marqué une bonne résistance du parti face à une érosion de LREM. Dans un tel contexte, l’enjeu pour la droite n’est-il pas de gagner en épaisseur et ainsi passer du stade actuel d’une alternative par défaut à un stade de pôle d’attraction réel ? 

L’année 2017 devrait nous avoir appris que les analyses politiques ne doivent être ni trop péremptoires ni trop définitives (des écueils auxquels nous cédons tous).

Laurent Wauquiez s’est placé, de fait, sur le créneau le plus logique (ou le plus facile à prendre) pour LR sur le marché politique : celui de l’électorat de droite non libéral, de la France périphérique qui se sent délaissée par la politique d’Emmanuel Macron. C’est une stratégie assez rationnelle et on voit avec les législatives partielles – sans tirer trop de conclusions hâtives – qu’il y a effectivement une demande électorale qui y correspond.

Ce positionnement inspire 2 réflexions. D’abord, il s’agit d’une tactique qui consiste à aller dans le sens du vent : les LR ne proposent pas une vision de la France en tentant de convaincre la majorité des Français, ils se placent sur un créneau et tentent de grapiller suffisamment de points pour se qualifier au second tour de 2022. C’est risqué : si le FN se réveille ou si LREM penche à droite, LR va se retrouver pris au piège. Ensuite, cela pose une vraie question stratégique : ce positionnement peut-il permettre d’élargir ensuite la base électorale, suffisamment pour réformer la France si la droite gagne un jour les élections nationales ? Ce n’est pas certain.

Si la droite veut rassembler beaucoup plus large, il faut qu’elle définisse une offre attractive pour un plus grand nombre d’électeurs ; on n’y est pas encore.


2 –
​Dans une tribune publiée par l’Opinion, vous indiquez : « ​Les voies pour Les Républicains sont nombreuses qui permettraient de soutenir par l’économie de marché à la fois une réforme profonde du pays, qui n’arrive pas, et une attention nécessaire aux plus fragiles, abandonnés par des années d’État-providence. La droite pourrait repenser les sujets « collectifs », qui incluent certes la Nation mais aussi les services publics, dont ne parle jamais le Gouvernement. »​. Plus concrètement, quelles sont ces voies que vous préconisez ? Comment celles-ci peuvent-elles s’inscrire dans l’histoire politique de la droite ? 

L’une des faiblesses du Président Macron est qu’il ne dit rien, jamais du « collectif » : il ne parle pas de ce qui fait la Nation, ce qui, dans l’esprit français, transcende les clivages, les communautés. Il pense probablement le faire quand il parle de régulation de l’immigration et de sécurité, mais ce ne sont pas les bons sujets pour aborder cette thématique. On ne l’entend pas sur la laïcité, l’identité collective (qu’est ce qu’être Français ?, en somme). On ne l’entend pas non plus sur le service public, ce sujet si français qui matérialise dans l’existence quotidienne la redistribution nationale et la présence de l’Etat (la disparition des services publics ruraux est si mal vécue parce qu’elle envoie le signal d’un désintérêt de la communauté nationale pour une partie de ses membres).

Il me semble, et je l’ai écrit dans mon livre paru il y a bientôt un an, qu’il y a une réponse libérale à apporter sur ces sujets, notamment ceux des services publics. Pour le dire simplement, on devrait imaginer des services publics gérés par des entreprises privées, beaucoup plus performants, éventuellement nombreux ; on devrait aussi imaginer des services fournis en collaboration avec le public et le privé. On se fiche de savoir si le courrier est livré par un agent de La Poste : l’important c’est qu’il arrive jusque dans le plus petit village. On se fiche que l’enseignant soit fonctionnaire ou non, du moment que les élèves réussissent ! En France, on se bat sur la nature juridique des bâtiments au lieu de se mobiliser pour produire des résultats efficaces !

Dans la même veine, la société devrait être laissée plus largement à ses responsabilités. Cela implique de baisser les impôts et de reconfigurer (en la baissant) la dépense publique.

3- Comment un tel discours pourrait-il prendre forme autour de Laurent Wauquiez ? Quelles sont les conditions permettant un tel renouvellement idéologique ? 

Laurent Wauquiez ne cesse de conspuer le libéralisme ou ses principes et d’y préférer l’intervention de l’Etat et son contrôle sur l’économie et la société. C’est une double erreur. D’abord parce qu’il privilégie les moyens sur les résultats (qu’importe si c’est l’entreprise, le marché ou l’administration qui réduit la pauvreté, pour autant qu’elle baisse !). Ensuite, parce qu’il fait appel à un moyen (l’Etat) qui n’est clairement plus en mesure de faire face aux défis. Si Laurent Wauquiez considère que ses objectifs doivent être de résoudre l’isolement de la France périphérique, de venir en aide aux classes moyennes en difficulté, de répondre à l’angoisse des salariés déclassés : il a mille fois raisons. Mais s’il croit que c’est par plus de dépense publique qu’il va résoudre leurs problèmes, il se trompe : c’est l’Etat et son incapacité à se gérer qui sont la cause de leurs faiblesses !

http://www.atlantico.fr/decryptage/lr-retour-ces-quelques-idees-en-plus-avec-lesquelles-laurent-wauquiez-pourrait-gagner-bien-plus-que-decus-macronisme-3295395.html

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