Voici le texte de ma chronique de la semaine

Ce 14 janvier est « journée mondiale du migrant et du réfugié ». Cela devrait être l’occasion de rappeler que 170 000 enfants non accompagnés ont demandé l’asile en Europe en 2016. Cette situation alarmante ne rencontre pourtant que l’indifférence des opinions publiques (voire leur hostilité). La faute à l’Etat-providence.

Notre modèle social repose sur le principe d’une redistribution au sein de la communauté nationale, pour assurer une protection en cas de maladie, chômage, précarité, etc. Ce système a fonctionné, quand, porté par la croissance, il pouvait financer sa générosité. Mais la cigale se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue. Depuis des décennies, l’Etat ne parvient plus à financer ses dépenses : le déficit se creuse, la dette s’accroît.

Les citoyens vivent directement cette crise : ils sont accablés d’impôts et subissent les radineries mesquines auxquelles se livre l’administration pour éviter d’avoir à se réformer structurellement. Cette situation de disette motive une idéologie de pénurie : les vivres étant limitées, distribuons celles dont nous disposons en plus petites parts ou limitons le nombre de convives invités à les partager autour de la table.

Dans sa version redistributionniste, ce discours explique les 35 heures ; dans son versant sélectif, le rejet économique de l’immigration : l’immigré est celui qui, potentiellement, pourrait profiter de prestations diverses alors que ceux qui sont déjà présents peinent pour en bénéficier pleinement. Il est dès lors rationnel d’élever les barrières à l’entrée, rendant le coût d’accès aux services sociaux plus élevé.

Ce n’est probablement pas un hasard si les jeunes sont parmi les plus réticents à l’immigration. Ce sont eux qui sont confrontés à l’échec des promesses de l’Etat-providence et entrent dans la vie adulte avec une série de barrières à surmonter : un système scolaire défaillant, un chômage endémique, un Etat social qui a failli. Ce sont eux (les 25-34 ans) qui considèrent à 71 % que l’immigration est trop élevée (contre 64 % des Français), à 57 % que la France ne doit pas accueillir de migrants et à 63 % qu’il faut sortir de Schengen (1)…

Faillite. Le sujet de l’immigration n’est pas qu’économique. Il soulève également dans l’opinion des questions culturelles et sécuritaires (et force est de constater que celles-ci dominent souvent le débat public). Mais il montre une nouvelle fois que la faillite de notre système public est le premier des sujets à traiter : la France ne pourra pas avoir de politique migratoire généreuse (y compris attirer des talents !), tant qu’elle aura un Etat Providence dispendieux.

Pourtant, le débat politique l’ignore totalement. Certains s’opposent aux mouvements des hommes, ne cessant d’y poser de nouvelles entraves, comme le tente visiblement le gouvernement, en promettant en somme de réguler l’accès à notre «modèle social». D’autres plaident pour un accueil immodéré, au nom d’un idéal illusoire, rejetant catégoriquement les réticences éventuelles sur le compte du racisme, sans se soucier un instant de la capacité de système à délivrer les prestations pour tous. Aucun ne répond ni ne résout le problème de fond : la faillite de l’Etat-providence.

(1) Ifop/L’Express. Ils sont aussi 53 % à être favorables au rétablissement de la peine de mort.

https://www.lopinion.fr/edition/politique/erwan-noan-comment-l-etat-providence-a-fait-nous-xenophobes-141404?utm_source=twitter

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