Voici le texte de ma chronique pour L’Opinion du 20 novembre 2017

L’électeur de droite qui a cru, avec la campagne présidentielle, que son camp avait enfin fait sa conversion libérale doit ressentir de la sympathie pour la Phèdre de Racine qui, désespérée, clame : « tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire »!

Ces dernières semaines ont été riches : Xavier Bertrand désignant ceux qui ont recours à l’optimisation fiscale comme des quasi criminels ; Christian Jacob s’indignant du budget « ultra-libéral » du gouvernement – une « pente » dénoncée en octobre par François Baroin. Et d’autres ! Il y a quelques mois, les mêmes soutenaient le programme « libéral » de François Fillon – que Benjamin Griveaux qualifiait de « purge ». Dans cet océan d’hostilité, Virginie Calmels semble désormais un peu seule pour défendre la voix libérale.

Après ses échecs de 2017, la droite a rapidement fait un double constat, assez juste : d’abord qu’elle avait perdu le contact avec les milieux populaires ; ensuite, que les faiblesses d’Emmanuel Macron résidaient dans le fait que son image et sa politique allaient contribuer à creuser l’écart (au moins symbolique) entre la France « qui réussit » et celle qui se sent délaissée.

Une comparaison internationale aurait pu l’éclairer. Dans presque tous les pays occidentaux se retrouvent les mêmes tendances : une polarisation de la société, un renouvellement des dirigeants, une fragmentation de l’électorat autour des questions d’inégalités d’une part et d’islam d’autre part. Dans ces mêmes pays, les gouvernements réformistes de centre-gauche qui se concentrent sur les sujets économiques sont laminés aux élections sur des questions d’identité collective, que bien souvent seuls les populistes abordent. La stratégie de Laurent Wauquiez s’explique probablement par ce risque d’être dépassé par les extrémistes.

Depuis des années, la droite tourne autour d’un sujet politique central : la rénovation de l’Etat Providence. Le programme de François Fillon avait dessiné des pistes, mais il s’est révélé incapable de décrire la vision qui en ressortait : le candidat a dévissé dans les sondages sur les questions de santé, dès avant les “affaires”. En 2017, la droite a perdu parce qu’elle avait un programme, mais pas de projet de société.

Six mois plus tard, le vide conceptuel prévaut. Quelle est l’offre politique et sociale de la droite ? Motivée par un retour rapide au pouvoir, elle semble faire le choix d’une tactique mue par l’espoir de fortune immédiate et s’est mise à courrir après une demande électorale hypothétique : « puisque la réforme a fait peur, combattons la réforme ! ».

C’est la recette pour la déroute assurée. L’entrepreneur qui arriverait sur un marché sans savoir quelle est son offre et avec pour seul espoir de réussite d’attraper quelques clients, au coup par coup, en gesticulant plus fort que ses concurrents se prépare à la faillite. Les consommateurs, comme les électeurs, ne sont ni captifs ni idiots : s’il n’y a pas d’offre solide, ils se tournent vers une autre plus attrayante, plus authentique, mieux “marketée”.

Face à une concurrence rude, la droite a une alternative: soit elle se convertit au populisme, forme d’opposition low-cost, dans l’objectif d’engranger une rentabilité électorale rapide; soit elle choisie la voie de l’innovation, pour créer son offre propre, qui allie un programme réformateur à une préoccupation sincère pour les plus fragiles. Cela demande du travail, du temps et beaucoup de recherche. La droite en semble très loin.

 

 

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