Le texte de ma chronique du 9 octobre dernier

La bataille pour la présidence du parti Les Républicains s’accélère et chacun pressent qu’elle sera gagnée sans qu’un seul combat ne soit livré. A peine peut-on s’attendre à une petite escarmouche, suscitée par l’un des candidats peu connus qui ne manquera pas de charger tête baissée contre le favori, dans l’espoir de créer l’événement et attirer l’intérêt des électeurs. La droite se prépare donc à rejouer la pièce dans laquelle elle excelle : celle d’un camp qui a fini par se convaincre qu’il est divisé, alors que ses fractures idéologiques sont probablement plus simulées que réelles, alimentées par un conflit d’ego bien tangible. Une fois de plus, les idées vont être relayées à l’arrière-plan.

C’est d’autant plus dommage que la victoire de 2022 se joue dès maintenant. En tout cas, à en croire une recherche américaine récente (1), elle ne se jouera pas pendant la campagne, car… les campagnes ne servent à rien !

Les auteurs ont compilé et réalisé une cinquantaine d’études pour parvenir à leur conclusion sans appel : « Les circonstances dans lesquelles le choix politique des citoyens semble manipulable sont excessivement rares ». Le porte-à-porte, les appels téléphoniques, les tracts ont un effet nul sur le choix des électeurs (ils influencent 1 électeur sur 800) et d’autant plus faible que l’échéance électorale est proche.

Que les candidats ne se découragent pas ! Leur activisme peut avoir de l’influence : s’ils engagent leurs contacts avec les électeurs en amont de l’élection (mais l’effet de conviction diminue avec le temps) ou si leur adversaire a des positions impopulaires. Les auteurs insistent : leur « argument n’est pas que les campagnes ne servent à rien » ; au contraire, elles peuvent déterminer les critères sur lesquels le choix des électeurs se fera (et sur lesquels ils ont déjà des opinions). Elles influencent aussi la participation, pour mobiliser les électeurs et les conduire à exprimer leur soutien. Enfin, les campagnes ont un effet plus net lorsque les références partisanes sont absentes (par exemple lors des primaires, où l’électeur vote de toute manière pour ses convictions).

La campagne victorieuse d’Emmanuel Macron est intervenue dans un contexte « non-partisan », la gauche ayant disparu et le candidat de la droite, qui défendait des positions peu populaires s’étant disqualifiée moralement

Choix des électeurs. En somme, l’étude rappelle que les campagnes ne servent qu’à confirmer ou révéler le choix des électeurs, déjà formé même s’il n’était pas formulé. Cette analyse est intéressante pour réfléchir à la campagne de 2017 et celle de 2022.

La campagne victorieuse d’Emmanuel Macron est intervenue dans un contexte « non-partisan », la gauche ayant disparu et le candidat de la droite, qui défendait des positions peu populaires (sur la sécurité sociale) s’étant disqualifiée moralement. Elle a su également, par le porte-à-porte, mobiliser ses électeurs. Le candidat, enfin, est parvenu à imposer ses thèmes, proposant aux électeurs de faire un choix pour ou contre le renouvellement de la vie politique. Son talent a été de le leur révéler.

Depuis mai, de nombreux candidats potentiels attendent, tapis dans l’ombre, que LR ou le PS s’effondrent. De toute manière, disent-ils, l’élection d’Emmanuel Macron montre que tout peut se jouer au dernier moment. Ils se trompent. Le travail de conviction est beaucoup plus profond : il commence maintenant. Prise dans ses conflits de personne, la droite semble l’ignorer. Ce qui est inquiétant, c’est que La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon l’a parfaitement saisi.

(1) Joshua Kalla, David Broockman, The minimal persuasive effect of campaign contact in general elections : evidence from 49 field experiments.

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