Voici ma chronique du lundi 25 septembre dernier

Le 6 septembre, Larry Summers, conseiller économique des présidents Clinton et Obama, participait à une conférence du Center for Budget and Policy Priorities (CBPP), qui publiait une étude montrant pourquoi la dépense publique américaine va et doit augmenter (1).

Dans son intervention, l’économiste a expliqué que quatre éléments soutiennent cette conclusion. D’abord, la population américaine vieillit : la collectivité va devoir en prendre soin. Ensuite, les inégalités ont augmenté : la fiscalité devra intervenir pour les réduire. Par ailleurs, les biens et services que le gouvernement achète ont des prix inflationnistes : c’est particulièrement le cas de la santé et de l’éducation. Enfin, les exigences de sécurité nationale devraient croître et s’avérer plus coûteuses. Le CBPP ajoute que les Etats-Unis vont avoir besoin de divers investissements (notamment en infrastructures). A lire et entendre ces experts, la voie est donc tracée : au lieu de parler de baisses d’impôts, le Congrès devrait réfléchir à des hausses de la fiscalité.

Cette conception n’est pas isolée. Alors que la France entre, avec Emmanuel Macron, dans la phase d’amendement de l’Etat providence qu’ont connu nos homologues occidentaux il y a des années, ceux-ci sont maintenant engagés dans un nouveau moment politique, qui consiste à réinventer l’Etat et l’action publique dans un monde beaucoup plus fluide. A l’étranger, c’est la gauche qui domine ce débat. Dans le champ de la politique économique, elle promeut les idées de Summers ou de Piketty. Dans le numérique, elle encourage une offensive de la régulation, portée aux Etats-Unis par la sénatrice Elizabeth Warren.

Dans le monde intellectuel, la publication du dernier ouvrage d’Axel Honneth, qui entend revaloriser le socialisme, est révélatrice (2). Dans la vie politique, les succès des thèses d’un Mélenchon, d’un Corbyn ou d’un Sanders donnent matière à réflexion. C’est ce que souligne l’historien Niall Ferguson dans un entretien récent, marquant son inquiétude : « Le vrai sujet de préoccupation est que le socialisme est de retour » (3).

La redéfinition de l’action publique est un enjeu majeur des années à venir

Besoins collectifs. La redéfinition de l’action publique est un enjeu majeur des années à venir. Contrairement à ce que semble supposer Larry Summers, rien n’implique que l’évolution des besoins collectifs emporte nécessairement une augmentation de la présence publique : des services publics rénovés et modernes pourraient faire appel au secteur privé, à qui ils seraient délégués. Au lieu d’envisager immédiatement une augmentation de la dépense et des recettes publiques, la question devrait être posée du redéploiement des moyens existants, afin de limiter l’expansion de l’Etat.

Ces sujets sont particulièrement importants pour la France : avec un niveau de dépense publique record (près de 57 % du PIB), l’Etat ne peut se priver d’une profonde réforme s’il souhaite pouvoir prendre en charge de nouveaux besoins sociaux sans asphyxier la croissance ni sombrer dans un contrôle social de tout le pays ; et il doit le faire en respectant les citoyens et les collectivités – sous peine de sombrer dans un autoritarisme comptable.

Solidarité, efficacité économique, libertés publiques, trois sujets qui sont au cœur des enjeux sur l’avenir de l’Etat – et donc du collectif. Trois sujets totalement absents du débat public français.

(1) Paul Van de Water, Federal spending and revenues will need to grow in coming years, not shrink

(2) L’idée du socialisme, Gallimard, 2017

(3) UnHerd, 21 septembre

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