Le texte de ma chronique qui reprend après une pause estivale, parue le 21 août 2017.

Parti en vacances sur fonds de polémiques liées à ses choix de réduction des dépenses publiques (armée et APL notamment), le Gouvernement fait sa rentrée avec de nouvelles disputes sur sa volonté de taxer les grandes entreprises. Ses décisions budgétaires sont ainsi mal reçues dans l’opinion : à défaut d’être parvenu à les expliquer, il donne l’impression de ne proposer que des « coups de rabots » pour grappiller quelques euros sur le dos des contribuables, suscitant l’opposition. C’est d’autant plus inquiétant que, selon la Banque de France, notre pays bat des records de prodigalité : la dépense publique représente désormais 57% de son PIB contre 44% en Allemagne (52,3% et 47,3% en 2002).

A défaut d’avoir une vision, la majorité a une cible : les collectivités locales. Le gouvernement a multiplié les signes de défiance, qui sont d’autant plus mal acceptés par les publics concernés qu’il a fait preuve à maints égards d’une tendance jacobine marquée.

Face à lui, les élus locaux se rebiffent : chaque nouvelle annonce est perçue comme une menace à leur vie sociale. Daniel Fasquelle (député LR) s’est ainsi élevé contre la disparition promise des emplois aidés, se faisant le défenseur d’une vision étatiste et coûteuse des politiques publiques. S’il a tort économiquement (les emplois aidés sont une lamentable gabegie), il soulève un point : l’Etat s’étant souvent désinvesti pour échapper à ses responsabilités sur le terrain (Patrick Devedjian le relève souvent dans ces colonnes), la dépense publique locale est devenue un relai de sociabilité indispensable dans les territoires. Ligne d’écriture comptable à Bercy, la disparition des interventions locales laisse des traces réelles dans la vie des communes et des départements.

Cette incompréhension stérile est doublement révélatrice de la faillite de notre système politique et de notre Etat-Providence.

Elle montre d’abord l’impasse dans laquelle la stratégie du gouvernement risque de s’enfermer : aucune vision claire ne s’en dégage (1), laissant l’impression que dominent un projet uniquement budgétaire et la conviction que la rationalité technocratique suffit à justifier tous les sacrifices. Le défaut de cette politique abstraite est qu’elle oublie que la réforme fait des perdants, lesquels se mobilisent pour l’empêcher.

Elle illustre ensuite la faillite de l’action publique en France. A juste titre, l’Etat pense s’être serré la ceinture. Avec raison, les collectivités locales considèrent avoir pris en charge toujours plus de missions et les élus avoir assumé des responsabilités sociales et humaines croissantes. Acteurs locaux et responsables nationaux sont dans une impasse, car aucun ne réfléchit à changer de régime : ni les « En marche » ni les « LR » ne semblent capables de réinventer l’action publique, de dire clairement leur vision de la démocratie locale ou de l’intervention étatique nationale. Aucun ne parvient, dès lors, à justifier ce qu’il défend.

La baisse de la dépense publique est une nécessité économique et démocratique. Mais elle ne peut se faire dans le cadre décrépi de l’Etat Providence du 20e siècle, qui a irrémédiablement failli : il est vain d’apposer des rustines sur un navire qui coule. La politique du 21e siècle est à inventer : sans vision, sans projet, la réforme ne peut réussir (2).

(1) Voir L’Opinion, 31 juillet 2017

(2) Le Noan, Montjotin, Gouverner pour réformer, Fondapol, 2016

A lire sur le site de L’Opinion http://www.lopinion.fr/edition/economie/crise-entre-l-etat-collectivites-locales-signe-notre-faillite-132453?utm_content=buffer4a2ff&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer
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