Voici le texte de ma chronique du 10 juillet 2017

Le 6 juillet, à l’Assemblée nationale, s’exprimant pour le gouvernement, Edouard Philippe a expliqué que pour 2018 « notre objectif n’est pas […] de baisser la dépense publique ; notre objectif est de maîtriser la dépense publique ». Intervenant après une déclaration de politique générale unanimement jugée fade, cette déclaration pourrait être un signal (pas totalement) faible de la ligne de ce quinquennat. Aucune rupture à l’horizon.

Le danger de ce discours est qu’il s’inscrive dans la continuité de ses prédécesseurs : celle d’une d’austérité qui n’est pas porteuse de sens. La stratégie est si classique qu’elle en est éculée : obtenir un audit des comptes publics ; feindre la surprise devant l’ampleur du désastre (Emmanuel Macron a pourtant été ministre de l’Economie de François Hollande, comme d’ailleurs Pierre Moscovici, commissaire européen en charge du dossier) ; sous-entendre que les engagements européens exigent une réponse drastique ; proposer des mesures de réduction des dépenses, de vente des actifs publics et d’augmentation de la fiscalité, tout en repoussant aux calendes grecques les promesses de bouffées d’oxygène (aucun projet de libéralisation ne pointe ainsi à l’horizon).

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ce discours présente la réforme des finances publiques comme une succession de sanctions (journée de carence, augmentation de la CSG) dont les citoyens sont les victimes, l’Europe la responsable et le gouvernement l’exécutant complice. S’il n’y prend garde, Edouard Philippe va rapidement réduire sa capacité à réformer.

Son projet n’est pas de renouveler l’Etat providence, mais de l’amender ; le mouvement n’est pas « révolutionnaire » mais, comme il le revendique, « réformiste »

Constat clair. Cette faiblesse politique s’explique : jamais, pendant les campagnes présidentielle et législatives, En Marche ! n’a fait le constat clair que l’Etat Providence avait échoué. Son projet n’est pas de le renouveler, mais de l’amender ; le mouvement n’est pas « révolutionnaire » mais, comme il le revendique, « réformiste ». Ce positionnement est en parfaite cohérence avec une ligne sociale-démocrate : une transformation radicale de l’action publique ne peut jaillir d’une tradition politique, forte et structurée, qui place l’Etat au cœur de sa vision de l’économie et de la société.

Cette politique est partagée, en France, par une ligne «technocratique», qui considère que l’Etat est incontestable dans sa forme actuelle, donc incontesté : au-dessus de la société, il sait mieux que quiconque ce qui est bon pour les citoyens, souvent même contre leur gré. Cette conviction, sincère pour ceux qui la défendent, se retrouve dans la majorité actuelle et ses hommes en charge de l’économie : un président inspecteur des finances, un premier ministre conseiller d’Etat et un ministre de l’Economie également issu de l’ENA, dont l’interlocuteur européen vient de la Cour des comptes ! Ces hommes peuvent-ils, de bonne foi, considérer que ce qu’ils ont servi n’est pas légitime ? Peuvent-ils demander de concevoir un monde radicalement différent que ce qu’ils ont toujours défendu ?

La pause estivale arrive pour cette chronique Choix Publics. En septembre 2016, sa première conclusion était la suivante : « le public choice apporte trois enseignements : 1) la dépense publique ne baissera vraiment que si le nombre de fonctionnaires est réduit de façon drastique ; 2) ce qu’un élu fonctionnaire ne sera pas spontanément porté à faire ; 3) surtout s’il est de gauche ou Front national ». La boucle est bouclée.

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