Ma chronique du 3 juillet 2017 

En 2012, une fois les élections perdues, la droite aurait pu faire son bilan et, constatant quelques faiblesses (voire un profond besoin de renouvellement), tenter de les combler. Au contraire, elle préféra se lancer dans un combat interne dont l’enjeu implicite était de savoir qui serait le candidat putatif en 2017.

La compétition pour le poste de président de l’UMP vira au pugilat et l’élection au désastre. L’affrontement entre Jean-François Copé et François Fillon donna à voir un parti se divisant dans des luttes violentes, parfois sous des prétextes idéologiques, plus souvent pour des raisons d’ambitions personnelles. Le point paroxystique de la crise fut atteint lorsque l’ancien Premier ministre décida de saborder le parti en créant un groupe parlementaire : le R-UMP.

En 2017, la droite se prépare à se « reconstruire » avec la même méthode. En décembre prochain, elle organisera un congrès pour désigner son nouveau président, choisi par un vivier de militants que l’on dit réduit à peau de chagrin. Rien n’est officiel, mais chacun pressent que Laurent Wauquiez sera candidat ; Xavier Bertrand a déjà renoncé, appelant Valérie Pécresse à mener le combat.

L’élection va une nouvelle fois se jouer sur la question de savoir qui incarne la droite, tout le monde ayant en tête l’élection de 2022. Les dix années à venir se jouant donc potentiellement lors de ce scrutin, les coups vont pleuvoir et les camps s’affronter avec véhémence. Pour se distinguer, chacun affectera des divergences avec son adversaire : le résultat sera de renvoyer l’image d’un parti diminué et sans cohérence (et dont des représentants sont même au gouvernement).

Emballage. Mais à aucun moment la droite n’aura fait l’effort de définir ce que contient vraiment son offre politique. Elle ne prendra pas le temps d’analyser son échec. Elle ne tentera pas non plus d’exprimer ce qui la définit ni ce qui la distingue. Les réflexes simplistes auront à nouveau leur heure de gloire. D’une certaine façon, la droite est en train se précipiter sur le choix de l’emballage alors qu’elle n’a toujours pas de produit.

Or, aussi bon que puisse être le marketing, il ne rendra jamais bon un mauvais produit. Il peut tenter de faire croire que le contenu est fiable, si la qualité de fond promise n’est pas là, le consommateur s’en apercevra très vite. Rien n’y fera, ce n’est pas le beau flacon qui donne l’ivresse.

La leçon est d’autant plus importante qu’un acheteur dont on a trahi la confiance n’est pas facile à faire revenir et que l’électeur, saturé d’élections (10 tours depuis octobre : les primaires EELV, LR, PS, les élections présidentielle et législatives), a trop souvent été trompé. Il avait cru à la « rupture » sarkozienne et au « changement » hollandais ; le voici maintenant embarqué dans l’euphorie macronienne – il saura d’ici quelques mois s’il s’agit d’une illusion commerciale ou d’une offre solide qui produit des résultats.

La droite est en train de faire le pari qu’elle peut gagner en trompant ses électeurs, en leur vendant un produit faible. C’est dangereux. Miser sur l’ignorance ou la bêtise du consommateur est un choix récurrent de nos élites politiques, formées par l’Etat prétendument sage et omniscient, qui aiment tant forcer le client à acheter un produit qu’elles ont défini pour lui, sans tenir compte de ses attentes. C’est un échec commercial constant. La droite s’y précipite à nouveau.

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