Ma chronique du 19 juin 2017

Le succès d’En Marche ! est triomphal : l’exécutif est contrôlé, l’Assemblée nationale sous domination hégémonique et on dit la conquête du Sénat en cours ; les collectivités sont, structurellement, vassales ; quant à la presse, elle est mise au pas, de coups de téléphone en procédures judiciaires. Sans leur donner naissance, la pratique du nouveau gouvernement accentue les tendances institutionnelles françaises : les contre-pouvoirs sont faibles.

Le parti d’Emmanuel Macron exerce désormais un monopole presque parfait sur la vie politique nationale, qui pourrait se renforcer encore. La droite est fragile ; le Président va probablement essayer d’accélérer ses difficultés en organisant des ralliements et en proposant des réformes susceptibles d’en encourager d’autres. A gauche, le PS est à l’agonie (sans être mort) et les mobilisations tentées par les extrêmes échouent.

Les monopoles existent pour deux raisons : soit parce qu’ils bénéficient de protections artificielles ; soit parce qu’ils sont des opérateurs particulièrement performants (1). Dans le cas de la vie politique, les réglementations contraignantes sont nombreuses (et néfastes !). Elles ne sont pas près d’être levées : les barrières à l’entrée vont même être encore renforcées par le projet de loi sur la moralisation présenté par François Bayrou.

Pour contester le monopole d’En Marche !, la gauche et la droite n’ont qu’une solution : être meilleures

Contraste abyssal. En réalité, Emmanuel Macron doit son succès au fait qu’il a montré sa capacité à être le meilleur compétiteur. Le contraste avec ses adversaires est abyssal.

Pour contester le monopole d’En Marche !, la gauche et la droite n’ont dès lors qu’une solution : être meilleures. C’est d’ailleurs bien le mérite de la concurrence de pousser à toujours mieux !

Pour gagner à nouveau des parts de marché, le PS et l’alliance UDI-LR n’ont d’autre choix que d’innover, de dépasser Emmanuel Macron par leur capacité à inventer des solutions politiques nouvelles.

C’est une voie de longue haleine : pour être prêts en 2022, il faut qu’ils s’y mettent dès maintenant. C’est une voie de modestie, qui suppose une capacité à effacer les conflits d’ego trop fiers.

C’est une voie qui demande un renouvellement idéologique : droite et gauche n’ont pas fourni de travail intellectuel sérieux depuis des années ; la gauche n’a tranché aucune ligne entre ses extrêmes et la ligne sociale-démocrate (incarnée désormais par le Président) ; la droite a engagé depuis 2007 une réorientation, mais sans l’assumer ni la penser réellement.

C’est une voie qui induit également un renouveau humain : l’oligopole des caciques vieillissants (et vieillis) qui contrôlent depuis des décennies les partis n’a, de fait, plus la capacité de créer l’avenir ; ils n’en ont probablement plus la légitimité non plus.

C’est une voie difficile : droite et gauche l’ont soigneusement évitée depuis longtemps ; même si elles protestent, elles doivent leur défaite avant tout à leurs propres faiblesses. Mais si elles ne se révolutionnent pas, elles risquent de condamner les jeunes générations de leurs camps en leur bouchant l’avenir, les condamnant à au moins deux mandats d’opposition. C’est précisément à ces nouveaux venus, aussi, de « disrupter » leurs aînés et de venir bouleverser le marché politique !

(1) Il faudrait ajouter les monopoles naturels, mais les plus libéraux en contestent l’existence…

http://www.lopinion.fr/edition/politique/erwan-noan-comment-gauche-droite-peuvent-elles-contester-monopole-d-en-129092

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