Ma chronique du 5 juin 2017 dans L’Opinion

S’il n’y avait pas eu l’affaire Ferrand, les premières semaines d’Emmanuel Macron auraient été un véritable sans faute. Puis est arrivé ce soupçon. Le contexte n’était pas évident pour que François Bayrou présente sa loi de « moralisation de la vie politique » – le premier test du gouvernement sur le fond.

Le projet comporte des mesures bienvenues : comme une révision de la Constitution pour moderniser les institutions, un contrôle renforcé des conflits d’intérêts et une transparence accrue des dépenses des parlementaires.

Mais ce qui est le plus intéressant, c’est ce qu’il révèle de la relation de nos responsables politiques à l’Etat.

Le texte réforme le financement de la vie politique : désormais, c’est « une banque de la démocratie » qui financera les partis, « de manière à ce que l’indépendance (des) formations politiques soit garantie ». Extraordinaire pays où, pour assurer l’indépendance de ceux dont la fonction est notamment de contester le pouvoir, on considère naturel de les faire dépendre d’une banque publique. Pourquoi ne pas avoir ouvert le financement des particuliers, si ce n’est parce qu’on se méfie plus du privé que de l’Etat ?

Le ministre a également annoncé une limitation du cumul des mandats dans le temps. La mesure se comprend : tant d’élus sont là depuis des décennies ! Elle révèle toutefois à nouveau une philosophie centrée sur l’Etat : la concurrence électorale est stimulée par la puissance publique… et elle reste sous son contrôle. Plutôt que d’abaisser les barrières à l’entrée du marché politique, on préfère l’interventionnisme régulateur.

Le texte est aussi révélateur pour ce qu’il ne comporte pas : il ne dit rien sur la fonctionnarisation de la vie politique.

Conflits d’intérêt. Rien sur le cumul de l’activité de parlementaire avec l’appartenance à la fonction publique. Un fonctionnaire est-il vraiment neutre quand il contrôle ou vote le budget de l’administration à laquelle il appartient encore ?

Rien sur l’entrée en politique de personnes venues du privé. Partout, les fonctionnaires investissent pourtant notre démocratie.

Rien sur les conflits d’intérêts dans la haute fonction publique. Est-il normal que les responsables administratifs du pays aient un engagement politique affiché ? Est-il évident que certains magistrats exercent une activité de conseil rémunéré ?

Rien sur tout cela, parce que dans notre pays, les hauts fonctionnaires qui dirigent l’administration et la vie politique sont souvent habités par l’idée que « bon sang ne saurait mentir », comme si le fonctionnaire était spontanément habité d’une vision innée et désintéressée de l’intérêt général… Pourquoi le réguler, puisqu’il est au service de la personne publique qui sait mieux que quiconque ce qui est bon pour les autres ? Si l’on se méfie du chef d’entreprise suspect de trop aimer l’argent, on n’aime visiblement jamais trop l’argent public.

Cela explique aussi pourquoi la droite est si silencieuse. Peuplée également de hauts fonctionnaires, elle est souvent nourrie d’étatisme. De ce point de vue là, son déficit de renouvellement n’est pas qu’humain : il est aussi idéologique. La droite libérale a devant elle un boulevard pour être disruptive : en repensant l’Etat, c’est-à-dire la régulation, le service public et le sens de la Nation, sur lesquels, étrangement, le président de la République est très silencieux.

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