Chronique du 3 avril 2017

Sauf à ce qu’un requin s’énerve un peu ou qu’une fusée ne décolle pas, les collectivités d’Outre-Mer font rarement la « une » de l’actualité en métropole. Elles surgissent toutefois occasionnellement en tête des informations, parce qu’une crise économique ou sociale plus forte s’y exprime.

Ces derniers jours, Paris a donc redécouvert l’existence de la Guyane, qui réunit plus de 240 000 habitants (+11 % entre 2011 et 2016, pour une croissance moyenne nationale de 2,5 %), généralement jeunes (43 % ont moins de 20 ans), sur un territoire de près de 84 000 km2 (l’équivalent de la grande région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes), pour un PIB/tête de 16 600 euros (contre 32 100 dans toute la France) et un taux de chômage de plus de 22 % en 2015 !

L’une des raisons de la colère des Guyanais, c’est l’insécurité : 42 homicides en 2016, ce qui en fait le territoire français le plus meurtrier rapporté au nombre d’habitants. C’est ce que dénonce le « Collectif des 500 frères », ces militants habillés de noir et cagoulés qui se revendiquent « non violents » mais dont l’image et les méthodes ressemblent fort à de l’intimidation…

La crise guyanaise est complexe et douloureuse. Elle est aussi intéressante, car elle illustre de manière patente les échecs de l’Etat et de l’interventionnisme public, et dans le même temps révèle toutes les solutions que la société française sait inventer pour y pallier.

Cette crise montre aussi que, lorsque l’Etat recule, la société se ressaisit !

Interventionnisme tous azimuts. Les événements de Guyane sont d’abord le symbole de la déconfiture de l’Etat providence. En dépit de dépenses collectives colossales, la puissance publique se retrouve incapable d’assurer la première de ses missions : la sécurité des personnes et des biens. Cette carence et cette impuissance sont le fait de décennies de gabegie et d’interventionnisme tous azimuts. Elles expliquent la colère sociale, à la fois en Guyane et en métropole avec le vote Front national : à dépenser trop et n’importe comment, on n’aide personne et on insatisfait tout le monde.

Cette crise montre aussi que, lorsque l’Etat recule, la société se ressaisit ! L’incapacité publique à lutter contre l’insécurité amène l’émergence de multiples solutions, partout sur le territoire : ici c’est une association de « voisins vigilants » qui se met en place pour surveiller leurs domiciles pendant les vacances des uns et des autres ; là, ce sont des mamans qui veillent sur les enfants et la circulation. Cette dynamique est vraie dans une foultitude de domaines : qu’on regarde ces associations qui interviennent dans le domaine social pour pallier l’inefficacité de la prise en charge administrative, ces solutions scolaires alternatives qui répondent au désastre de l’éducation nationale, ces groupements citoyens qui cherchent à pallier l’insuffisance cruelle de gouvernance locale !

La déliquescence de l’Etat en matière de sécurité est inquiétante. Mais elle a un double mérite. D’abord, elle indique que ce n’est probablement pas en se tournant vers le fautif que la situation s’améliorera – ni même en lui mettant quelques rustines. Ensuite, elle montre que si la puissance publique, pleine de morgue technocratique, apprenait à faire confiance à la société, elle encouragerait ces initiatives pour améliorer le bien-être collectif, pour mieux concentrer ses moyens sur ceux qui en ont réellement besoin, notamment en Guyane.

Publicités