Comme une marque d’un système politique qui s’essouffle, l’ambiance de la campagne présidentielle est délétère : deux candidats mis en examen, l’un parce qu’il lui est reproché d’avoir injurié un adversaire, l’autre parce qu’il est soupçonné d’avoir utilisé de l’argent public à son bénéfice familial ; un autre mis en cause par les associations de défense de la probité démocratique ; une dernière poursuivie par la justice parce qu’également soupçonnée d’être impliquée dans une affaire d’emploi fictif. Des cinq premiers dans les enquêtes d’opinion, il n’en reste qu’un à ne pas être inquiété.

 

Leurs profils n’en sont pas moins révélateurs : l’une est héritière d’une dynastie familiale ; trois n’ont jamais fait que naviguer dans l’univers politique ; le dernier est haut fonctionnaire, représentant de l’aristocratie d’Etat qui dirige le pays depuis des décennies, avec les résultats qu’on sait. L’une a été avocate pendant 6 ans ; un autre sondeur pendant deux périodes de trois ans. Ce sont, de loin, les expériences professionnelles les plus longues : leur seul concurrent à avoir connu un peu l’entreprise a été banquier d’affaires 3 ans et demi, sans pour autant prendre le risque de quitter la fonction publique.

En somme, tous n’ont connu que la protection des postes électifs ou de la noblesse d’Etat. Tous n’ont presque jamais vécu que de l’argent public. Et pourtant, ils revendiquent de renouveler la vie politique et prétendent la « moraliser ».

Jean-Luc Mélenchon propose ainsi de rendre inéligibles les Français condamnés pour corruption et Emmanuel Macron veut imposer que les candidats aux élections aient un casier judiciaire vierge. Pour réglementer la vie des autres, il faudra avoir été exemplaire.

Ces mesures méritent réflexion.

D’abord, elles ne sont pas neuves : les députés ont déjà adopté la proposition d’Emmanuel Macron le 1er février dernier, à l’initiative du Parti socialiste…

Ensuite, elles révèlent une vision de la démocratie qui est plus étatisée que libérale, plus réglementée que libre et spontanée. A les suivre, c’est la puissance publique qui, une fois de plus, devrait contrôler la vie civique, en décidant qui est digne ou non de se présenter au suffrage populaire.

Ces propositions qui revendiquent de satisfaire la colère populaire montrent en réalité toute la méfiance étatiste vis-à-vis du peuple : au lieu de lui faire confiance, en le laissant choisir librement ses représentants – quitte à se tromper, elle préfère établir pour lui une présélection, afin d’éviter que dans son ignorance crasse il ne s’égare.

Ces mesures, comme celles votées pendant le quinquennat (restriction du libre financement des partis, resserrement des conditions de candidature à la présidentielle), contraignent toujours plus les choix démocratiques. Au lieu de lutter réellement contre les rentes, elles font le choix de l’interventionnisme et, instaurant une homologation administrative, suivent une logique de réduction des concurrents potentiels.

La voie de la liberté devrait être d’ouvrir le marché des candidatures pour animer la concurrence électorale, et non de le refermer. Pour encourager le renouveau démocratique, une piste plus stimulante serait probablement d’abaisser les barrières à l’entrée de la compétition politique, par exemple en rénovant son financement sclérosé et en s’attaquant à la suprématie étouffante de la fonction publique. Redonner toujours plus de pouvoir à la régulation étatique n’est, en ce sens, clairement pas une bonne idée.

http://www.lopinion.fr/edition/economie/propositions-candidats-renouveler-vie-politique-sont-elles-liberales-122401

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