Ma chronique du lundi 13 mars 2017 dans L’Opinion`

Le quinquennat de François Hollande aura été marqué par la question de l’impôt. Elu en promettant une « grande réforme » – qui n’a jamais vu le jour – et une taxation confiscatoire – invalidée par le Conseil constitutionnel –, il s’achève sur un niveau de colère fiscale rarement égalé : rappelons-nous les Pigeons et les Bonnets rouges. Selon un sondage Ifop récent (« Le regard des Français sur les grands enjeux de l’élection présidentielle : la fiscalité », pour Public Sénat et Sud radio, mars 2017), 88 % des personnes interrogées estiment que la fiscalité est trop compliquée, 83 % qu’elle n’est pas juste et 84 % qu’elle n’est pas bien utilisée ! Le jugement est sans appel.

D’après cette enquête, les Français considèrent que la politique fiscale devrait servir à augmenter le pouvoir d’achat (28 %), réduire les inégalités (27 %), soutenir la croissance (24 %) et enfin, mais seulement ensuite, favoriser des services publics de qualité (21 %). L’ordre de ce classement interroge : pour nos concitoyens, le but premier des impôts n’est pas de fournir des ressources pour le fonctionnement des collectivités publiques mais de changer la réalité et modifier autoritairement la répartition de la richesse.

Dans un article de 2005, Alberto Alesina et George-Marios Angeletos (Fairness and redistribution, American economic review, vol. 95, n°4) ont apporté des explications utiles pour comprendre ces résultats. Ils y expliquent que « si une société croit que l’effort individuel détermine les revenus et que chacun a le droit de profiter des fruits de ses efforts, elle choisira une redistribution faible et une fiscalité basse (…). Si à l’inverse, une société croit que la chance, la naissance, les relations et/ou la corruption déterminent la richesse, alors elle favorisera des impôts élevés ». Les auteurs démontrent que ces visions opposées ont des effets en termes d’incitation et sont auto-réalisatrices : dans une société qui récompense le travail, par exemple, les individus sont plus encouragés à réussir par leurs efforts…

Glacis social. Ce papier apporte un éclairage précieux pour comprendre la France. Notre société est profondément figée : la réussite scolaire y est la plus corrélée aux origines sociales de tous les pays de l’OCDE, alors qu’elle détermine la bonne continuation dans le supérieur et l’intégration sur le marché du travail. Dès les petites classes, les enfants sont condamnés, dans une indifférence scandaleuse.

A force de vouloir limiter les écarts de richesse, notre système d’Etat-providence a produit une nation parmi les plus égalitaires des pays développés, mais il a dans le même temps assigné les uns et les autres à des places. En interdisant la concurrence scolaire, il oblige les élèves des quartiers difficiles à fréquenter des écoles en plein naufrage. En prétendant protéger les salariés, il érige des forteresses qui excluent les chômeurs et les non qualifiés. En taxant la réussite au nom de la morale sociale, il étouffe la création de richesses.

Ce glacis social explique que les Français sont rétifs aux réformes : elles introduisent du risque et de l’incertitude dans un modèle où il n’existe aucune fluidité, c’est-à-dire aucune opportunité de gagner ailleurs ce qui pourrait être perdu dans un processus de changement. Dans ce contexte, la fiscalité apparaît pour beaucoup comme la seule issue : puisque je n’ai aucune chance de m’enrichir, redistribuons !

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