J’ai répondu aux questions d’Atlantico

Le projet d’Emmanuel Macron est il annonciateur d’une réelle “révolution” ou du simple réformisme habituel à la française ?

Emmanuel Macron commence a dévoiler son projet dans le cadre de l’élection présidentielle. ce dernier se disant presque révolutionnaire. Cependant, la plupart des mesures restent relativement réformistes.

Atlantico : Ce jeudi 2 mars, Emmanuel Macron présentait son projet présidentiel, dont la philosophie se veut être celle de la révolution, plutôt que le « réformisme ». Au regard des propositions formulées par la candidat d’En Marche !, quelles sont celles qui peuvent réellement se revendiquer du thème de « révolution », et celles qui semblent être plus proches de la notion de « réformisme » ?

1- L’universalité des systèmes de retraite et de chômage

Jean-Charles Simon : (…)

Erwan Le NoanRéformisme élevé. La proposition d’Emmanuel Macron introduit de réelles nouveautés, comme un système par point et à « cotisation définie » (et non à « prestation définie ») et l’unification des différents régimes. Elle évite toutefois de parler du report de l’âge de la retraite et prétend maintenir le niveau des cotisations, ce qui est douteux à terme. Ce n’est toutefois pas une révolution, mais clairement une mesure d’inspiration sociale-démocrate visant à étendre la protection sociale par l’Etat-Providence.

2- La baisse de l’impôt sur les sociétés et la transformation de l’ISF

Jean-Charles Simon : (…)

Erwan Le Noan : Réformisme mou. Sur l’IS, c’est la poursuite d’un mouvement engagé par Manuel Valls, qui fait totalement consensus dans les partis de gouvernement. Sur l’ISF, c’est de la timidité – si ce n’est pire, un manque de courage politique. Emmanuel Macron fait comme tous ses prédécesseurs : il continue de vider l’ISF de son contenu en croyant plaire à sa droite, tout en se félicitant de ne pas l’avoir supprimer pour duper sa gauche.

3- L’introduction d’une dose de proportionnelle pour les élections législatives

Jean-Charles Simon : (…)

Erwan Le Noan : Réformisme banal. C’est une mesure ultra-classique, qui est présente dans le débat public depuis des lustres. Si elle est mise en œuvre, alors qu’Emmanuel Macron semble vouloir par ailleurs accroître la présidentialisation du régime et qu’il aura probablement une majorité fragile, c’est un nouveau mauvais coup porté à nos institutions.

4- Volonté de confier aux citoyens des moyens de contrôle sur l’activité parlementaire

Jean-Charles Simon : (…)

Erwan Le Noan : Esbrouffe. Ce n’est même pas du réformisme, encore moins de la révolution, c’est du mauvais marketing. La proposition exacte est que le Président demandera aux parlementaires de « mettre en place des dispositifs innovants d’évaluation du travail parlementaire (jurys citoyens, compte-rendus de mandat via les réseaux sociaux…) ». On comprend donc qu’ils pourront refuser. On comprend aussi qu’il sera proposé de tweeter ou de rendre des comptes sur des blogs. Ce n’est évidemment pas mal, mais c’est sans intérêt.

5- La création de postes d’enseignants (entre 4000 et 5000) et « interdiction du portable dans toute l’enceinte des établissement »

Jean-Charles Simon : (…)

Erwan Le Noan : Réformisme mou. Interdire les téléphones portables dans les établissements, ce n’est pas une mauvaise idée, mais ce n’est vraiment pas structurel. Ce qui l’est plus dans son programme, c’est la proposition de renforcer l’autonomie, ce que tous les spécialistes demandent et qui va dans le bon sens. Pour ce qui est des créations de poste, c’est la perpétuation de la logique étatiste : plus d’argent, plus d’argent, plus d’argent. Sauf qu’on sait pertinemment que ça ne marche pas. Le seul atout que cette mesure a, c’est qu’elle évite de réformer vraiment la gestion des RH au ministère de l’Education nationale.

6- La création de places de prison (15 000) et de postes de policiers ( 10 000 postes de police et de gendarmerie)

Jean-Charles Simon : (…)

7- L’ajout de 5000 gardes frontières européens

Jean-Charles Simon : (…)

Erwan Le Noan : Réformisme. Cette proposition est intéressante ; elle s’inscrit dans un cadre qui sera susceptible de faire consensus entre la gauche et la droite, ainsi qu’avec les partenaires européens.

8- Emmanuel Macron souhaite placer l’égalité femmes-hommes comme « cause nationale « 

Jean-Charles Simon : (…)

Erwan Le Noan : Réformisme. Lutter contre les discriminations entre les sexes et les inégalités de salaire par exemple est évidemment une grande cause pour la société française. En faire la « cause nationale » du quinquennat montre qu’Emmanuel Macron s’inscrit parfaitement dans la logique intellectuelle du réformisme sociale-démocrate.

9 – L’interdiction de toute embauche par un élu ou un ministre d’un membre de sa famille.

Jean-Charles Simon : (…)

Erwan Le Noan : Réformisme élevé. C’est une bonne chose que d’introduire de la transparence dans la vie politique française et de contrôler mieux la façon dont les élus utilisent de l’argent qui est celui des contribuables. Mais à nouveau, on est loin d’une révolution qui ouvrirait la vie politique à de la nouveauté.

10- La création d’un seuil maximal de 5 collaborateurs par ministre. N’existe t il pas un risque de placer le politique en situation d’infériorité par rapport à l’administration ?

Jean-Charles Simon : (…)

Erwan Le Noan : Réformisme malvenu. En France, avec le poids qu’à l’Etat, toute mesure qui affaiblit le pouvoir politique renforce le pouvoir administratif qui est déjà énorme. Si on réduit le nombre de ministres, il faut leur donner les moyens de remplir leurs missions : 5  collaborateurs, il n’est pas certain que ce soit suffisant…

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