Le Figaro publie un entretien autour de mon livre, dans son édition du 22 février

A retrouver sur le site du Figaro

http://premium.lefigaro.fr/vox/societe/2017/02/21/31003-20170221ARTFIG00293-l-optimisme-c-est-la-societe-civile-qui-se-saisit-de-son-avenir.php

ENTRETIEN – Dans son nouvel ouvrage, l’essayiste libéral Erwan Le Noan dénonce le déclinisme ambiant. Notant l’anachronisme d’un État-providence omnipotent, l’avocat traque les signaux faibles d’une nouvelle Renaissance libérale.

Erwan Le Noan
Erwan Le Noan

LE FIGARO. – Dans La France des opportunités. Toutes les bonnes nouvelles qu’on ne vous dit pas, vous dénoncez la rengaine du «c’était mieux avant». Vivons-nous donc mieux qu’hier?

Erwan LE NOAN. – La société se sent mal, mais, d’un point de vue matériel, elle va mieux. L’espérance de vie est passée de 66 ans en 1950 à plus de 80 ans aujourd’hui, les Français sont plus diplômés (51 % ont le baccalauréat, contre 8,5 % en 1962), plus riches (le salaire annuel moyen était de 32.000 euros en 2007, contre 7600 euros en 1950) et mieux équipés (par exemple, tous les ménages ont un réfrigérateur, contre 20% en 1958). L’amélioration n’est pas que matérielle: nous avons toujours plus la possibilité de choisir nos vies, notre consommation («bio» ou «bling») ou notre activité professionnelle (grâce à l’éducation)!

La vie au cœur des Trente Glorieuses n’était pas rose, quand les fils partaient à la guerre en Algérie, quand l’échange épistolaire était le meilleur moyen de donner des nouvelles, quand les biens étaient plus rares et chers! Ceux qui regrettent le temps des mineurs et de l’usine fumante n’ont jamais dû connaître leurs conditions de vie. Notre malaise vient de la difficulté à se projeter dans un nouveau modèle. Or il y a des raisons d’aborder positivement l’avenir: le monde qui se prépare est porteur d’opportunités ; il nous appartient de les saisir pour redonner un espoir à la société française.

Comment expliquer que les Français, à travers les études d’opinion, se révèlent pessimistes?

Les deux tiers des Français estiment vivre moins bien que leurs parents. Cette rengaine angoissée n’est pas nouvelle: Lucien Jerphagnon a écrit un petit livre qui recense des citations semblables depuis l’Antiquité! Mais ce que nous traversons va au-delà: la persistance de cette nostalgie, teintée, en réalité, de colère, est le signe d’un grand malaise dans la société française.

«Ce mal-être est le fruit de l’échec de l’État-providence. Bâti après la guerre, celui-ci a évincé avec impérialisme toutes les structures sociales traditionnelles et annihilé toutes les solidarités directes entre individus.»

Ce mal-être est le fruit de l’échec de l’État-providence. Bâti après la guerre, celui-ci a évincé avec impérialisme toutes les structures sociales traditionnelles et annihilé toutes les solidarités directes entre individus.

Lorsque, dans les années 1990, il s’est révélé incapable de se réformer, il a commencé à s’effondrer sur lui-même, laissant les citoyens désemparés, livrés à leurs angoisses, dans une société déstructurée. Pour tenter de survivre, il s’est enfermé dans une doctrine de redistribution malthusienne: puisqu’il ne parvenait plus à favoriser la croissance, il a entrepris de répartir la richesse, faisant des parts plus petites par l’impôt ou limitant le nombre de convives. Les citoyens, eux, sont légitimement inquiets et se battent pour protéger ce qu’ils ont. Le moteur du pessimisme, c’est l’État-providence ; celui de l’optimisme, c’est la société civile, qui, dans tous les pays occidentaux, est en train de se saisir progressivement de son avenir.

Vous citez Ian Goldin, professeur à l’université d’Oxford, pour qui nous serions entrés dans une nouvelle Renaissance. Quels sont les signaux faibles de cette révolution en cours?

Nous sommes en train de vivre un moment de basculement entre l’«ancien régime» d’État-providence et un monde nouveau. L’objet du livre est précisément de décrypter ces signaux faibles qui, dans tous les domaines, sont en train de dessiner un nouveau modèle.

Dans le secteur de la solidarité, par exemple, la France compte plus d’un million d’associations (il s’en crée 60.000 à 70.000 par an) et plus de 20 millions de bénévoles, soit 2 millions de plus qu’en 2010! C’est la preuve que, face à l’adversité, les citoyens se prennent en charge et agissent par eux-mêmes, de façon responsable, déterminée et positive. On pourrait aussi citer l’éducation: de nombreux modèles alternatifs émergent autour de familles qui décident de prendre en main la réussite de leurs enfants. Il faudrait aussi parler de l’effervescence entrepreneuriale, du renouveau démocratique, de l’enthousiasme des créateurs!

Avec ces nouvelles tendances, tous les paradigmes politiques et sociaux vont basculer. Dans un monde malthusien, on se battait pour répartir les places, pour niveler par le bas au nom de la justice ; dans le monde qui vient, l’équité exigera plutôt de lever les barrières à la mobilité pour récompenser le mérite. Dans un régime d’État-providence, l’action publique était fondée sur le contrôle et les structures administratives ; les tendances qui émergent dessinent un système où seuls les services rendus au public compteront – qu’importe qu’ils le soient par des fonctionnaires ou une entreprise privée! Dans l’ancien régime qui s’effrite, les hiérarchies étaient pyramidales ; avec le numérique, le monde s’organise en collaborations horizontales. Dans le même temps, face à un infini de possibilités, les individus seront plus confrontés à leurs responsabilités individuelles ; il faudra inventer de nouvelles solidarités pour qu’elles ne deviennent pas trop pesantes.

Les politiques publiques actuelles prennent-elles la mesure de cette révolution qui s’annonce?

Les responsables politiques français, pour beaucoup, se contentent de proposer des amendements à l’État-providence d’ancien régime, alors qu’il a profondément failli, refusant de voir l’énergie de la société et d’entendre les colères et frustrations. Aucun ne semble proposer une vision susceptible de porter les Français vers l’avenir. L’enjeu des années qui viennent est là: savoir si notre système politique est capable d’organiser une transition apaisée vers ce nouveau monde…

Cet article est publié dans l’édition du Figaro du 22/02/2017.

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