Chronique du 13 février 2017

Le 4 février, Emmanuel Macron, faisant écho à une revendication partagée dans l’opinion, a proclamé : « La politique n’est pas un métier ». Le propos est populaire (populiste ?) et on le comprend : les Français sont las de voir les mêmes visages au moment d’exercer leurs choix démocratiques. Pour autant, il n’est pas interdit de penser qu’il frappe à côté de sa cible.

La première question que pose cette dénonciation est celle du renouvellement du personnel politique (sans parler des idées). Elle est légitime : de nombreux élus sont sur le devant de la scène depuis une éternité ! Rien que dans l’entourage politique d’Emmanuel Macron, Gérard Collomb a été élu municipal pour la première fois en 1977 (il y a 40 ans) et Richard Ferrand conseiller général en 1988 (il y a 19 ans) ! Et que dire du reste des candidats à l’élection présidentielle ?

Les intéressés répondraient que les électeurs, seuls souverains, n’ont cessé de leur accorder leur confiance et leurs suffrages depuis leurs débuts et que le critère de compétence l’emporte sur celui de l’âge. L’argument est difficilement contestable, mais on peut lui objecter que l’offre politique est ainsi faite que les acteurs en place sont en réalité protégés des nouveaux entrants : les partis en place – à commencer par le PS pendant ce quinquennat – ont ainsi érigé des barrières à l’entrée du marché politique (financement de la vie politique, cumul des mandats…) qui ont dû décourager plus d’une candidature alternative. Pour faciliter le renouvellement des responsables, il faut accroître la concurrence des positions électorales.

Le vrai problème est dans la fonctionnarisation de la vie politique. Près de 40 % des députés sont fonctionnaires (contre 9 % de la population), comme 18 membres du gouvernement sur 36

Déconnexion. La seconde question est celle de la déconnexion des élites politiques avec la réalité de la vie des Français. Elle se constate régulièrement, non pas tant sur leur connaissance des prix à la consommation que sur leur incapacité à sentir les colères et les intolérances sociales. Une façon de lutter contre cette fracture serait de faciliter les allers-retours entre l’activité professionnelle et les mandats électifs. Mais les obstacles sont énormes : être candidat pour un indépendant, c’est prendre le risque de perdre sa clientèle ; pour un salarié, c’est faire une croix sur des avancements de carrière. Les seuls qui sont protégés, ce sont les fonctionnaires.

Le vrai problème est là : dans la fonctionnarisation de la vie politique. Près de 40 % des députés sont fonctionnaires (contre 9 % de la population), comme 18 membres du gouvernement sur 36. Est-ce par ailleurs un hasard si, souvent, les nouveaux visages gouvernementaux sont des hauts fonctionnaires : Emmanuel Macron, Matthias Fekl, Martin Hirsch, Jean-Pierre Jouyet ? Issus des meilleurs recrutements élitistes d’Etat, ils sont des insiders du système politique, lequel accorde un poids énorme à l’administration.

C’est là que le discours « anti-professionnalisation » de la politique est, contre son gré, le plus dangereux : nier que l’exercice des responsabilités gouvernementales implique l’acquisition de compétences spécifiques, forcer la rotation des élus, c’est prendre le risque de renforcer le pouvoir des technocrates. Critiquer les élus rentiers de leurs situations, c’est permettre aux fonctionnaires de renforcer leur mainmise, déjà forte, sur la démocratie française.

Emmanuel Macron a raison : il faut garantir le renouvellement politique. Mais le problème n’est pas vraiment celui de la professionnalisation des élus ; c’est celui de la fonctionnarisation de la vie démocratique et du recrutement endogame des élites d’Etat.

http://www.lopinion.fr/edition/politique/erwan-noan-risques-pretendre-que-politique-n-est-pas-metier-120189
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