Un papier publié en réaction au dernier débat de la primaire de gauche

Avouons-le, ce n’est pas avec un enthousiasme débordant que le téléspectateur a dû s’installer devant le débat de la primaire de la « Belle Alliance Populaire ». Ce troisième moment télévisé fut pourtant plus animé que les deux précédentes émissions. Il a permis de clarifier encore plus nettement certains points : par exemple, Vincent Peillon semble clairement détester Manuel Valls ; Jean-Luc Benhamias a probablement été choisi pour réveiller les téléspectateurs assoupis ; Benoît Hamon agace tous ces Camarades avec sa proposition de « revenu universel » impossible à financer ; et Léa Salamé aurait bien aimé être l’une des participantes au débat, histoire de leur montrer ce que c’est d’être de gauche.

A cette animation près, le débat s’est déroulé conformément aux attentes, les candidats répétant leur slogan favori : « au secours, la Droite revient ». De ce point de vue là, la Gauche ne change pas : à l’entendre, il y a dans l’Histoire du monde, depuis Cro-Magnon et jusqu’à Hollande, un camp du Bien incarné par elle-même, qui souhaite le développement des femmes et des hommes, l’épanouissement des opprimés de la terre, et à qui l’on doit toutes les avancées progressistes de l’Humanité, depuis les congés payés jusqu’à l’ABCD de l’égalité ; et il y aussi un camp du Mal, représenté par la Droite, l’argent, les riches, dont l’objectif est de rendre les gens plus pauvres, plus malades et plus malheureux. Et l’enjeu de 2017, sachez-le, c’est d’assurer que l’héritage ancestral de la France des Lumières, de la littérature grandiose et de la Résistance l’emportera contre l’esprit contre-révolutionnaire, qui contre toute logique allie le « lobby clérical » au grand Capital.

La Gauche ne change pas sur la forme. Elle ne change pas non plus sur le fond.

Hier soir, à qui voulait bien faire l’effort de prêter l’oreille de manière attentive, il a dû apparaître une révélation. Après des décennies de faillite fiscale et de gabegie publique, les candidats ont (à l’exception légère de Manuel Valls) tous une solution révolutionnaire aux problèmes de la France : l’étatisation. Etat, Etat, Etat : à ce niveau d’endoctrinement et d’invocation, on ne parlait plus d’une institution, mais d’un Dieu (une « Providence » même !). Votez socialiste et il viendra nous sauver !

D’abord, il accroîtra son intervention dans le domaine de la santé. En la matière, on rase gratis : nationalisation massive au programme ! Dehors les mutuelles et les assurances ! Demain, l’Etat prendra le contrôle de l’ensemble du secteur social pour y étendre sa compétence universelle et sa capacité de gestion légendaire. Qu’importe que depuis des décennies le secteur privé ait prouvé l’utilité de son intervention ! Qu’importe que public et privé agissent déjà de manière complémentaire, sur des compétences différentes, en mutualisant leurs atouts. Face à l’idéologie, rien ne résistera !

Bien sûr, cela risque de coûter un peu cher – surtout si on distribue un chèque à tout le monde et tous les mois comme le veut Benoît Hamon. Mais là aussi, il existe une solution : l’Europe. Mais pas l’Union européenne que veulent les autres pays Membres ; non, une Europe « solidaire », c’est-à-dire socialiste à la française. Le principe est simple : nous mutualiserons les dettes, pour que les Allemands se mettent un peu à financer le programme de la Gauche. Pour envisager le succès à venir de cette proposition, vous pouvez l’essayer avec vos voisins : suggérez leur de mutualiser vos dettes avec leurs revenus, surtout si cela fait 20 ans qu’ils économisent dur et que vous même vous dépensez sans compter…

Le programme d’étatisation ne s’arrête pas à l’économie. Les citoyens étant, grossièrement, des enfants turbulents et ignorants, les socialistes promettent que l’Etat viendra les rééduquer un peu fermement. Pour cela, il commencera par rendre le congé paternité obligatoire. A en croire les candidats, cela permettra aux papas d’apprendre à se préoccuper de leurs enfants. Personne ne doute d’ailleurs qu’une fois en vacances, les machistes se mettront soudain à réaliser la charge de travail que cela représente de s’occuper toute la journée d’un nourrisson et laisseront tomber la télé, la bière et le foot à vie. Pour être sûr qu’ils le comprennent, François de Rugy leur imposera toutefois des cours pour apprendre à être de bons parents (on se demande même comment l’Humanité a pu avancer jusqu’à maintenant sans ces formations élémentaires !). Dans la France socialiste, nous aurons désormais à passer un permis de parentalité. Au programme, notamment, la déconstruction des stéréotypes de genre, qui sont la lie de ce qu’il y a de pire de ce qu’on fait de plus mal dans l’humanité contemporaine. Les candidats réfléchissent encore pour savoir s’il faudra retirer préventivement les enfants aux futurs parents qui échoueront aux épreuves…

La liste pourrait continuer longtemps encore. Il faudrait commenter les propos de Vincent Peillon qui, au bout de 3 minutes d’émission, expliquait que s’il y a des pauvres, c’est parce qu’il y a des riches. La réponse logique à ce constat absurde est venue plus tard : supprimons l’héritage. Ainsi, il n’y aura plus de riches et nous pourrons nous réjouir d’avoir généralisé l’égalité dans la pauvreté, grâce à la redistribution étatique.

Le culte de l’Etat à ce niveau est maladif : il relève de l’incantation divinatoire voire de la dérive sectaire. C’est malheureusement une caractéristique des politiques français. La Droite a commencé à se sevrer ; ce n’est d’ailleurs pas toujours évident : François Fillon lutte à faire admettre à tous ses alliés qu’aujourd’hui en France l’Etat est une partie du problème et non de la solution. Mais la Gauche reste ancrée dans cette adoration : tous ses candidats en font la promotion. C’est vrai au sein des débats de la « BAP » bien sûr, mais aussi de Jean-Luc Mélenchon ou d’Emmanuel Macron qui, à ce jour, n’a proposé que des dépenses publiques nouvelles.

Ce culte est totalement inadapté aux défis contemporains : nous avons besoin d’un Etat évidemment, capable de nous protéger et en mesure d’assurer une forme de solidarité envers les plus défavorisés ; mais il ne peut être l’alpha et l’omega de notre vision de la société. Surtout, ce qu’ont bien montré les débats de la primaire, ce culte a un corollaire : la régression de l’autonomie des citoyens et l’érosion lente mais certaine des libertés individuelles. Ce n’est pas nouveau : Hayek l’avait montré en 1944 dans La route de la servitude. Mais nos responsables politiques n’ont jamais lu les classiques… probablement une autre faillite de l’Etat !

 http://www.atlantico.fr/decryptage/primaire-gauche-ou-socialisme-passe-liberte-trepasse-2940837.html
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