Un texte publié sur une conférence à laquelle j’ai participé (à retrouver ici)Précisions : je ne suis évidemment pas économiste :), ni spécialiste de droit du partage. Je ne crois d’ailleurs pas avoir été présenté comme tel !

Une économie collaborative qui dérange

le 13 décembre 2016 – Quentin CLAUZON – Entreprise

Une économie collaborative qui dérange
© Pixabay – Le marché mondial de l’économie collaborative est estimé à 15 milliards de dollars.

Les associations Think Libéral de Sciences Po et d’Assas se sont réunies récemment pour établir le « faux procès » de l’économie collaborative, en présence de Teddy Pellerin, cofondateur de Heetch, Virgine Calmels, femme politique et business woman, et d’Erwan Le Noan, consultant et spécialiste du droit du partage.

Airbnb, BlaBlaCar, Heetch… On ne compte plus les entreprises ayant surfé sur la vague de l’économie collaborative. Grâce au digital, et dans un contexte économique difficile, ces acteurs ont occupé une place de choix. Mais les acteurs traditionnels des secteurs grignotés par cette économie du partage, comme les taxis ou les hôteliers, n’entendent pas se laisser faire.

C’est dans ce contexte que les associations Think Libéral de Sciences Po et d’Assas ont invité Teddy Pellerin, cofondateur de Heetch, Virginie Calmels, première adjointe à la mairie de Bordeaux et business woman, Erwan Le Noan, consultant et maître de conférences à Sciences Po, pour réaliser le « faux procès » de l’économie collaborative, à l’image de celui de Heetch qui s’est tenu les 8 et 9 décembre.

« Stimuler la concurrence, pousse à la créativité »

Pour les organisateurs de cette conférence, l’économie collaborative « nous veut du bien », puisqu’elle « offre de meilleurs services, stimule la concurrence, pousse à la créativité » et « se saisit du digital ». Ainsi, la plateforme Heetch permet de « mettre nuitemment en relation des particuliers, avec d’un côté les passagers, et de l’autre les conducteurs qui sont prêts à partager un trajet », indique Thierry Pellerin.

Rien de choquant, au premier abord, à apporter une solution de transport aux jeunes noctambules. Ses fondateurs ont pourtant été placés en garde à vue en janvier 2016, puis accusés de « complicité d’exercice illégal de la profession de taxi » et de « pratique commerciale trompeuse ». Une illustration du rejet que peuvent parfois susciter ces entreprises, lorsqu’elles cassent les codes de tel ou tel secteur.

Si, au départ, le phénomène était limité au partage et ne constituait donc pas une véritable économie, c’est à partir de 2006 et la création de BlaBlaCar (une entreprise de covoiturage) que l’économie collaborative est véritablement apparue, selon Teddy Pellerin, puisque les utilisateurs se sont mis à partager les coûts d’un événement.

Le partage devient une économie

En 2008, l’économie collaborative a pris un nouveau virage, avec l’arrivée d’Airbnb. « On se rend compte que l’on a des biens – voiture, tondeuse, machine à laver – que l’on décide d’optimiser, de louer en les mettant à disposition d’autres personnes », explique-t-il. Mais toujours dans cette idée du partage, avec « des interactions entre des particuliers qui ne sont pas des professionnels ».

Et c’est dans cette dernière catégorie que s’inscrivent les fondateurs de Heetch, qui souhaitent se différencier ainsi avec certaines plateformes telles qu’Uber. Les conducteurs sont donc limités au financement de leurs frais de véhicule, à hauteur de 6 000 euros par an. « On peut distinguer Uber d’Airbnb, à la base ce n’est pas une boîte d’économie du partage, les chauffeurs sont des professionnels, alors que Airbnb a plus un ADN d’économie du partage, puis en se développant ils ont accueilli des professionnels », a-t-il illustré.

Heetch n’a pas non plus l’intention d’accueillir des professionnels, afin de garder cet état d’esprit propre aux plateformes collaboratives. Teddy Pellerin estime en outre que le charme de la start-up réside dans le fait que les conducteurs sont également jeunes, et créent ainsi un lien particulier avec leurs passagers. L’entrepreneur refuse donc tout amalgame avec Uber, les courses chez Heetch n’étant effectuées que de 20 h à 6 h du matin, et ne résultant que de la volonté de financer son propre véhicule.

La deconnexion de la classe politique

Si le sort de Heetch est désormais entre les mains de la justice, les politiques se doivent de s’emparer de la question, selon Virginie Calmels. « Aujourd’hui, on est en train de voir la rencontre d’une offre et d’une demande, d’une monétisation, c’est une évolution de l’économie et le politique doit accompagner ce mouvement, ne pas avoir peur et ne doit surtout pas être l’otage de lobbys », estime-t-elle.

Pour Erwan Le Noan, il existe une certaine déconnexion de la classe politique par rapport à ces questions, notamment s’agissant des opportunités offertes par le numérique.

L’économiste ne voit pas chez Heetch un cas de disruption. Pour ce spécialiste de l’économie du partage, la start-up a créé un marché en captant une demande qui n’était pas satisfaite. « On ne peut pas obliger un jeune de 18 ans à monter dans un taxi », insiste Teddy Pellerin, qui se défend de les concurrencer.

« Les disrupteurs ne sont pas là pour tout fracasser », explique-t-il. Virginie Calmels y voit de son côté la confrontation entre l’économie de la propriété et l’économie de l’usage, la seconde prenant de plus en plus d’importance. Teddy Pellerin préconise quant à lui une vision plus libérale, afin de ne pas brider cette économie, et pour réguler au mieux ce marché. « Il faut trouver une réglementation qui tienne compte des uns et des autres, et qui soit la plus équitable possible », conclut-il.

http://www.affiches-parisiennes.com/heetch-les-disrupteurs-ne-sont-pas-la-pour-tout-fracasser-6816.html


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