A peine désigné candidat de son camp pour l’élection présidentielle de 2017, François Fillon s’est retrouvé la cible des attaques conjointes de la gauche et de l’extrême droite : ensemble, ils ont conspué son programme « ultralibéral ». Au-delà de ces caricatures, la voie ne sera pas facile pour l’ancien Premier ministre : environ 90 % des Français estiment qu’il n’est « pas souhaitable » de réduire les dépenses publiques en matière de santé, de retraite, de sécurité et d’éducation (1).

La campagne de François Fillon sera intéressante car elle pose la question de la faisabilité des réformes et de leur méthode, qui a été beaucoup travaillée par les économistes ces dernières années et qui émerge, progressivement, dans le débat public national (2). Un premier enseignement utile est que la clarté et la précision du programme sont essentielles. Dani Rodrik (Harvard) a montré que l’incertitude sur la répartition des gains et des pertes d’une réforme peut la bloquer (3) : l’agglutination des perdants potentiels (ou fantasmés) favorise le statu quo. C’est d’autant plus vrai en France où chacun a l’impression que s’il bouge, il perdra, alors que, le reste du pays étant sclérosé, il n’aura aucune opportunité de compenser ses pertes par ailleurs.

Enclencher le mouvement. Un autre élément important des réflexions sur la réforme c’est qu’une fois identifiés le problem et sa réponse (policy), il faut y ajouter les politics. Dit autrement : un programme ne suffit pas, il faut un projet qui lui donne une signification. A ce titre, promettre du « sang et des larmes » risque d’être un peu court pour transmettre une vision de demain. Encore faut-il donner du sens et une direction à tous ces efforts. Encore faut-il offrir des perspectives positives aux citoyens, leur permettant de se projeter vers l’avenir. A quoi ressemblera la France de 2025, après un nouveau mandat de la droite ?

Les défis qui se présentent à François Fillon pour remporter l’élection présidentielle sont immenses. Il lui faudra expliciter son programme et dessiner un projet qui parvienne à allier rétablissement économique et perspectives sociales (4) ; par exemple en ouvrant de nouvelles opportunités pour tous, grâce à un système éducatif rénové et un marché du travail réformé, qui revalorisent le mérite. C’est une occasion unique pour le libéralisme français de montrer qu’il propose la création d’opportunités et non uniquement la sanction des abus et la réduction des budgets, même s’ils sont ceux d’un Etat-Providence épuisé qui produit injustices et inefficacités.

Ce ne seront que les premières étapes : le défi le plus important se joue dans la mise en œuvre effective des réformes, qui se prépare dès l’amont de l’élection. Le principal problème n’est ainsi pas de savoir s’il faut passer par ordonnances ou lois ordinaires, mais comment enclencher le mouvement dans l’administration et la société.

En préparant cette série d’épreuves, François Fillon et la Droite pourront garder espoir : les travaux économiques montrent que les réformateurs sont réélus (5) !

(1) Elabe, Les Français et les dépenses publiques, 2016

(2) Le Noan, Montjotin, Gouverner pour réformer : éléments de méthode, Fondapol, 2016

(3) Rodrik, Understanding economic policy reform, Journal of economic literature, 1996

(4) C’est la voie des « compassionate conservatism » et « reform conservatism » anglo-saxons

(5) Buti, Turrini, Van den Noord, Birolli, Reforms and re-elections in OECD countries, Economic Policy, 2010

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