Chronique du 5 décembre

Rien ne vaut la concurrence pour rebattre les cartes et empêcher les acteurs en place de s’installer trop confortablement. Comme le consommateur qui révèle ses préférences par ses achats, l’électeur s’empare de son bulletin et des sondages pour exprimer ses choix : l’actualité vient de montrer qu’il ne s’en prive pas, excluant du jeu ceux qui animent la vie politique depuis (trop) longtemps. Exit, donc, Alain Juppé, François Hollande et Nicolas Sarkozy !

C’est une nouvelle compétition qui commence. Comme les entreprises, qui doivent concourir pour attirer les clients, les candidats doivent maintenant séduire les citoyens. D’une certaine façon, leur objectif est de valoriser leur marque et de présenter au mieux leurs atouts. Ce n’est pas qu’affaire de marketing : sans un bon produit, il n’y a pas de bonne publicité.

A droite, l’issue de la compétition est connue : François Fillon est sorti victorieux de la primaire. Il avait la marque la plus clairement identifiable : libéral économiquement, conservateur socialement ; en somme, de droite et de façon assumée. Face à lui, la marque « Sarkozy » souffrait d’une rupture de confiance ; quant à Alain Juppé, son discours plus centriste et plus flou le positionnait dans une zone à risque (l’Opinion du 23 juin 2016).

Faillite. A gauche, la situation est bouleversée par la sortie de François Hollande. Le Président a fait faillite : faute d’acheteurs potentiels, il a dû se retirer du marché. De nouveaux candidats vont désormais s’affronter dans le cadre de la primaire de janvier et chacun cherchera à se distinguer des autres. Dans cette compétition, il y a fort à parier que le positionnement qui incarnera une marque forte, faisant référence aux attentes d’un électeur de gauche, pourra l’emporter. Cette ligne se dessine en miroir de celle de François Fillon : socialiste économiquement et « progressiste » socialement.

Le débat gauche/droite va ainsi pouvoir se structurer autour de deux concurrents qui proposent des réponses distinctes à une question centrale du débat politique, celle de l’unité nationale et du projet collectif. A gauche, la réponse passe par le volet social : le candidat proposera de lutter contre les inégalités, de préserver le modèle social et d’assurer des droits nouveaux. A droite, c’est l’angle culturel qui est privilégié : François Fillon assumera de défendre un projet résolument réformateur, tout en préservant les structures sociales, gages de stabilité.

Cette concurrence nette entre deux acteurs clairement identifiés pourrait faire deux perdants. Le premier, c’est le Front national, qui ne pourra plus dénoncer avec autant de vigueur la collusion de ses adversaires. Ses positionnements, socialiste en économie et conservateur sur l’identité, seront fortement concurrencés. Le second, c’est Emmanuel Macron qui a fait un double pari : privilégier l’incarnation d’une énergie plutôt que d’un programme ; et celui de créer son propre marché, en se posant en réformateur libéral tout en s’affirmant de gauche. C’est prendre un double risque : celui de ne pas avoir de marqueur très clair et donc de se laisser dépasser par des concurrents plus identifiés ; et de jouer hors du marché, alors que les électeurs de droite viennent de montrer qu’ils croyaient encore, massivement, à la dynamique partisane. La compétition vient de se réveiller ; elle promet d’être passionnante !

A lire sur le site de L’Opinion
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