Parmi les rituels que François Hollande a institués depuis qu’il est Président de la République, il y a celui de la prise de parole semestrielle, dont l’annonce fait frémir le tout-Paris politique et médiatique mais qui laisse de marbre l’immense majorité des Français. De ces interventions, il ne ressort jamais grand chose, sauf des débats philosophiques profonds sur la nouvelle stratégie de communication présidentielle. L’épisode de ce 19 avril sur Canal Plus s’inscrit parfaitement dans cette tradition: François Hollande n’a pas annoncé les réformes dont la France aurait besoin (- et que ni la Gauche ni la Droite n’ont mises en œuvre depuis des décennies) ; mais pour donner un peu de panache politique à une succession d’ennui, il a ajouté un peu de doctrine socialiste, financée par les contribuables.

Le mandat de François Hollande peut se diviser en deux temps. D’abord, il y a eu la frénésie idéologique inspiré du discours de Bourget. Il a réussi à dévaster un pays déjà très affecté par des années de déroute économique: hausse de la fiscalité (le taux de prélèvements obligatoires atteint presque 45% du PIB), augmentation des effectifs de la fonction publique (+1,5% en 2013, pour atteindre 5,6 millions, soit 22% de la population employée), poursuite de la dérive des finances publiques (la dette représente désormais 95% du PIB), taux de chômage record (10,4% fin 2014) …

François Hollande a annoncé une sécurisation des contentieux liés aux CDI. C’est évidemment un pas positif, mais un tout petit. Les employeurs seront heureux de savoir que le procès avec leur salarié durera seulement 6 mois et que les indemnités seront établies selon un barème prédéterminé (mais encore inconnu).

Depuis un an, le Président de la République est toutefois engagé dans une seconde phase: Manuel Valls s’est ainsi construit une image de grand réformiste, alors qu’il s’emploie seulement à limiter les dégâts de deux premières années catastrophiques. Ce dimanche, le chef de l’Etat a respecté cette dynamique. Il s’est muni des meilleurs instruments de la fameuse «boîte à outils» qu’il vantait il y a deux ans: des rustines qu’il se propose de coller, de-ci de-là, sur un système économique et social qui ne fonctionne plus.

La priorité du Président de la République est l’emploi: le sujet le suit comme une promesse depuis 2012, mais également comme un poids qui pèse lourdement sur son bilan (près de 6 millions de demandeurs d’emploi toutes catégories en février dernier, soit 952 000 de plus qu’en mai 2012). Dans ce domaine, il a fait deux propositions peu révolutionnaires.

François Hollande a annoncé une sécurisation des contentieux liés aux CDI. C’est évidemment un pas positif, mais un tout petit. Les employeurs seront heureux de savoir que le procès avec leur salarié durera seulement 6 mois et que les indemnités seront établies selon un barème prédéterminé (mais encore inconnu). Mais cela ne changera rien à l’incompréhension du code du travail, à sa difficile interprétation et à l’incertitude qui l’entoure. Cela ne remplacera pas non plus une réforme du droit du travail – et encore moins du marché du travail dans son ensemble, lequel est marqué par une grave segmentation entre CDD et CDI que le Président ignore visiblement.

Le chef de l’Etat a également annoncé qu’il favoriserait désormais l’apprentissage. La mesure est bienvenue, mais elle arrive bien tard et après trois années d’une politique coupable.

Le chef de l’Etat a également annoncé qu’il favoriserait désormais l’apprentissage. La mesure est bienvenue, mais elle arrive bien tard et après trois années d’une politique coupable. Depuis 2012, le Gouvernement a pris délibérément le parti de développer les emplois aidés (+36% en 2013, en raison principalement de la création des emplois d’avenir fin 2012) au détriment de l’apprentissage, qui n’a cessé de baisser dangereusement (-8% en 2013, -3% en 2014, – 14% sur les deux premiers mois de 2015, soit 60 000 apprentis de moins en un an).

L’autre priorité – et peut-être la véritable – du Président de la République, c’est la politique. Pour cela, il se devait de faire quelques «cadeaux» idéologiques à son camp, en grande déshérence.

Le premier cadeau, c’est l’évaluation à venir du CICE. François Hollande a expliqué que les branches qui n’auraient pas relancé l’emploi s’exposeraient à des «conséquences», sans qu’on ne sache bien ce que cela recouvre. Les militants du flicage des patrons auront bien sûr en tête de supprimer le CICE pour les moins zélés à mettre en œuvre la politique socialiste. Si tel est le cas, le dispositif imaginé par le Gouvernement prendra enfin pleinement son ampleur: celui d’une usine à gaz inventée pour éviter d’avoir à réaliser une réforme structurelle.

Le second cadeau à la Gauche, financé par la collectivité, c’est l’extension de la prime d’activité aux jeunes. Le

En clair, François Hollande promet à tous les jeunes qu’il leur enverra de l’argent tous les mois, aux frais du contribuable. Cette mesure ne servira ni l’emploi, ni la justice sociale.

Président aurait pu choisir de justifier sa mesure par un encouragement de l’activité – ou par son manque de courage pour réformer réellement l’économie française. Mais il a préféré choisir le slogan du pouvoir d’achat: en clair, François Hollande promet à tous les jeunes qu’il leur enverra de l’argent tous les mois, aux frais du contribuable. Cette mesure ne servira ni l’emploi, ni la justice sociale.

Les annonces économiques du Président de la République ce dimanche n’en étaient pas: il s’agit de réformes si peu ambitieuses qu’elles ne marqueront pas. La seule promesse qui ressort est animée par des motivations politiques: elles concernent les jeunes, qui recevront de l’argent par «solidarité» nationale. Cela tombe bien, cette cible est précisément une cible fidèle de Canal Plus… François Hollande est probablement meilleur stratège politique que réformateur économique…

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