Ce mardi 14 avril, David Cameron a présenté le programme du Parti conservateur britannique pour les élections législatives du 7 mai prochain.

L’intérêt de la campagne britannique (qui mobilise peu outre-Manche) est qu’elle confronte des programmes assez distincts.

Son objectif: remettre un peu de rêve dans une campagne qu’il a centrée jusqu’à maintenant sur les questions économiques, qui font sa force en termes de crédibilité et sa faiblesse en termes d’enthousiasme populaire. Il succède, de peu, au leader du Parti travailliste, Ed Miliband, qui avait présenté son propre tissu de promesses deux jours auparavant. L’ambition du leader de Gauche: remettre un peu de crédibilité économique dans une campagne qui dure, pour lui, depuis des années mais dans laquelle ses indignations idéologiques peinent à convaincre.

L’intérêt de la campagne britannique (qui mobilise peu outre-Manche) est qu’elle confronte des programmes assez distincts. Rompant avec la tradition blairiste d’un positionnement plutôt centriste, le Labour de Miliband a adopté des positions tranchées, qui feraient pâlir d’envie certains socialistes français (et en réalité une partie de leurs collègues de droite tout aussi adeptes de l’étatisme dépensier). De son côté, le Premier ministre sortant a incarné une ligne pragmatique, clairement marquée à Droite. En mai prochain, ce sera donc projet contre projet… d’autant plus que la différence ne se fera pas sur les hommes, ou seulement par défaut: aucun des candidats n’est très populaire.

La vraie rupture entre les deux partis se situe d’abord sur les questions économiques.

La vraie rupture entre les deux partis se situe d’abord sur les questions économiques. Même s’il a tenté de se rattraper lors de la présentation de son programme, Ed Miliband reste d’une crédibilité toute relative: il prône la dépense publique sans compter et la hausse de la fiscalité sur les personnes (notamment les étrangers) comme sur les entreprises, tout en multipliant les attaques contre les «riches» (ce qui n’est pas sans rappeler un autre leader socialiste européen qui, à force de les conspuer, les a poussés à prendre l’Eurostar pour Londres!). Pour rassurer des électeurs qui le suivent avec inquiétude, le leader travailliste a promis qu’il tiendrait une gestion rigoureuse des comptes publics. Las! Son discours ne rattrapera probablement pas des années d’idéologie, surtout que ses engagements sont d’un flou artistique total. Le Wall Street Journal, indigné par le programme travailliste, s’est même demandé si Ed Miliband voulait ressusciter le Labour des années 1970.

De son côté, le parti Conservateur a longtemps misé dans cette campagne sur son sérieux budgétaire, qui a fait sa force -avec notamment sa réforme du système scolaire. Depuis peu, il s’est engagé dans des promesses de dépense sociale (notamment en faveur du NHS, le système de santé britannique) et a promis d’être le parti de «ceux qui travaillent». Cette tentative de mettre un peu de «cœur» dans une campagne dominée par les chiffres et les statistiques n’a pourtant suscitée que de la confusion: la ligne conservatrice n’est pas claire, la société qu’elle promet reste encore floue. S’il a le soutien des milieux économiques, David Cameron n’enthousiasme pas grand monde. Il ne suffit pas d’avoir des comptes bien tenus pour projeter une Nation dans l’avenir.

Une seconde rupture forte entre les deux partis qui sont en tête des sondages (et se tiennent dans un mouchoir de poche) relève des sujets européens.

Une seconde rupture forte entre les deux partis qui sont en tête des sondages (et se tiennent dans un mouchoir de poche) relève des sujets européens. David Cameron a surfé sur la vague d’euroscepticisme britannique, portée par le UKIP, en promettant un referendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne: le «Brexit» est devenu un enjeu politique crédible, particulièrement inquiétant pour l’économie britannique. A l’inverse, les Travaillistes sont restés attachés au projet européen, Tony Blair revenant même dans l’arène politique pour défendre la participation britannique à l’Union.

Au-delà des polémiques propres à une période électorale, ces deux tensions de la campagne britannique posent, en réalité, deux questions structurelles à la politique contemporaine.

La première demande si la politique permet encore de rêver à un avenir meilleur, quand les sociétés qu’elle coordonne sortent à peine d’une crise intense, ou s’enlisent dans le découragement depuis 30 ans comme c’est le cas en France. Pour sortir de ce marasme, les sujets économiques sont prioritaires et ils exigent des réformes. Ceux qui prétendent le contraire, comme François Hollande (dont le livre de campagne s’appelait «le rêve français»), sont vite rattrapés par la réalité: vendre du rêve ou laisser les électeurs projeter les leurs sur vos promesses vagues est irresponsable et finit en déconfiture économique et en déroute électorale. Promettre du «sang et des larmes» n’est pour autant pas mobilisateur, comme David Cameron le constate.

La première demande si la politique permet encore de rêver à un avenir meilleur, quand les sociétés qu’elle coordonne sortent à peine d’une crise intense, ou s’enlisent dans le découragement depuis 30 ans comme c’est le cas en France.

La seconde question que soulèvent les dissensions politiques britanniques est celle de «l’impuissance» du politique, qui serait dépossédé de son pouvoir par les institutions européennes ou internationales. La solution la plus facile est d’engager le pas aux tribuns qui ont fait de la dénonciation tous azimuts leur seul discours politique et d’exiger la fermeture des frontières de l’Europe (alors que l’immigration en France est à 50% d’origine européenne) ou de dénoncer l’ «ennemi» que constituent la «finance» et autres «puissances d’argent» (pour reprendre les mots de François Hollande au Bourget en 2012). La piste courageuse, mais moins médiatique, est de se confronter aux enjeux et de constater que notre pays a besoin de réformes et non de boucs-émissaires.

Toute la difficulté de la politique actuelle est là: savoir convaincre les citoyens du bien fondé des réformes, parvenir à mélanger un peu de rêve à des efforts collectifs. Les réformateurs, dans nos démocraties, doivent trouver la capacité de donner du sens à leurs politiques: cela exige d’eux la capacité de renouveler le roman national, pour transmettre à tous l’envie d’y participer. Les réformes pourraient remettre nos vieux pays en mouvement parce qu’ils le veulent et les souhaitent de façon positive, et non parce qu’ils y sont contraints et les subissent. En France, malheureusement, aucun parti n’a de projet. Certains ont un programme, qui aligne des mesures à la cohérence incertaine, mais aucun n’est en capacité aujourd’hui d’expliquer comment il voit la France dans dix ans… David Cameron, lui, doit y parvenir dans les semaines qui lui restent…

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