Mon papier dans Les Echos du 30 janvier 2015 (LIEN)

Le Premier ministre l’a annoncé : la France va s’engager dans une nouvelle « politique de peuplement » de son territoire afin de favoriser la « mixité sociale ». Ses déclarations reconnaissent implicitement l’échec de décennies de politiques publiques en France : en dépit d’une dépense collective record, notre pays produit de l’échec social à la pelle.

Le constat est connu : des quartiers ont concentré, progressivement, dans un espace restreint, des difficultés cumulatives. Evidemment, de très grandes et belles réussites sont issues de nos « banlieues », mais de rapports de l’Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus) en travaux sociologiques, le bilan est terrible : chômage (24 % en 2012), échec scolaire (22 % d’élèves en retard en 6e contre 12 % en moyenne nationale), difficultés financières voire pauvreté (36,5 % des habitants des ZUS, contre 12,7 % dans l’ensemble de la population française), absence de diversité immobilière et concentration des logements sociaux. A défaut d’apartheid, la France a au moins créé des espaces enclavés, des ghettos.

Depuis des décennies, notre pays a suivi la voie du « pessimisme administré et centralisateur ». Dans une logique de redistribution déprimée, il s’est employé à mieux répartir les difficultés plutôt qu’à promouvoir les réussites.

Dans l’éducation, cette logique jacobine a souhaité appliquer des plans uniformes à tous les élèves, à travers des « rythmes » uniques et une carte scolaire imposée. Bénédiction pour les propriétaires du centre de Paris qui ont vu la valeur de leurs biens monter en flèche en raison de leur proximité avec les meilleurs établissements scolaires du pays, cette rigidité vaut condamnation dans de nombreuses banlieues; peu importe la qualité du travail et l’intensité de l’effort fourni par les élèves, c’est un bureau administratif, convaincu d’agir pour leur bien sans les avoir jamais rencontrés, qui choisit leur parcours scolaire à leur place.

S’apercevant que le système ne produisait pas des résultats fulgurants (la France ne cesse de décliner dans les classements Pisa par exemple), les gouvernements successifs ont fait le choix d’accélérer dans cette voie sans issue. Les Zones d’éducation prioritaires ont changé de nom et reçu quelques euros de plus. Autant de rustines inutiles sur des politiques structurellement défaillantes. Autant d’argent public jeté dans un tonneau des Danaïdes.

Si Manuel Valls en a le courage, il pourrait se saisir de ses ambitions pour révolutionner ces politiques, en choisissant la voie de la concurrence, résolument méritocratique, profondément dynamique et généreusement optimiste. Une première étape, fort simple, serait d’obliger les écoles à publier les résultats de leurs élèves aux examens nationaux. On comprendrait bien vite pourquoi les parents bobos du centre de Paris ne se précipitent pas pour inscrire leurs enfants en Seine-Saint-Denis.

Si l’audace le pousse, le gouvernement pourrait même envisager d’autoriser tous les parents à choisir l’avenir scolaire de leurs enfants. Aujourd’hui, ce luxe est réservé à ceux qui ont les moyens de payer les meilleures écoles ou qui connaissent les astuces administratives. En offrant aux parents le libre choix des écoles, en permettant le développement d’offres alternatives, la gauche démocratiserait enfin la liberté scolaire.

Ces pistes ne sont pas révolutionnaires, elles ont été expérimentées avec succès partout dans le monde sur les dernières décennies : en Suède sociale-démocrate, dans la Chicago démocrate de Rahm Emanuel ou la Floride républicaine de Jeb Bush, en Grande-Bretagne conservatrice, ailleurs encore.

Le succès de ces politiques repose sur la décentralisation des politiques publiques : les décisions relatives aux élèves doivent se prendre dans leurs établissements. Notre système institutionnel doit rompre avec des programmes autoritaires, conçus de façon uniforme sur des principes idéologiques, qui font s’affronter dans des luttes titanesques des dogmes déconnectés du quotidien.

Erwan Le Noan
Erwan Le Noan est consultant, membre du conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol).

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/30/01/2015/LesEchos/21867-047-ECH_combattre-efficacement-l-echec-social.htm#odSoRr5bZCSteLtb.99

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