La France aime les rapports. Elle les adore, même. Elle en publie à la pelle et chaque parution donne lieu à un jeu médiatique assez balisé: aux «propositions chocs» qui font la une de la presse succèdent les débats animés et les réactions surjouées. Les recommandations, surtout en matière économique, se ressemblent toutes: et pour cause, cela fait trente ans qu’on les connaît! Leur actualité est intemporelle: elles ne sont jamais mises en œuvre et chaque année notre pays s’enfonce un peu plus dans le marasme économique. Comme si nous raffolions de ces révolutions de salon, qui bouleversent tout sans rien changer…

Les propositions du Medef, révélées ce lundi 15 septembre, ne coupent pas à la règle. Elles vont provoquer des réactions virulentes, les syndicats vont s’indigner, la gauche va dénoncer l’ultralibéralisme sauvage qui affaiblit les pauvres que sa politique fabrique par milliers, la droite va bafouiller quelques paroles inaudibles sur l’équilibre à trouver entre l’économique et le social par peur de paraître complice du diable entrepreneurial. Pourtant, ce qu’on connaît des propositions du Medef n’est pas révolutionnaire.

Pour avoir plus de croissance, il n’existe pas de recette miracle ; il faut travailler plus et innover davantage. Tout le reste n’est que bavardage.

Ce que propose l’organisation patronale, c’est, en somme, ce que tout le monde sait: pour avoir plus de croissance, il n’existe pas de recette miracle ; il faut travailler plus et innover davantage. Tout le reste n’est que bavardage. L’économie française se meurt d’être étouffée par des réglementations absurdes, qui l’empêchent de se projeter et d’inventer. Elle croule sous les règles qui découragent le travail et asphyxient l’emploi.

Le document du Medef rejoint donc les nombreux rapports qui l’ont précédé, dont les plus médiatiques ont marqué l’opinion: le rapport Attali en 2008, le rapport Camdessus en 2005, mais également… les propositions de Laurence Parisot en 2007 («Besoin d’air»), quand elle présidait l’organisation.

Ces propositions rejoignent également ce que tout le monde fait: comme Xavier Fontanet vient de le montrer dans un livre, les exemples étrangers de réformes réussies ne manquent pas! Aussi exceptionnelle qu’elle soit, la France ne devrait pas s’interdire de s’en inspirer.

La logique portée par ces propositions est celle de la fluidité, ce concept que l’économiste américain William Baumol a mis au cœur de ses travaux: dans nos économies contemporaines, les organisations doivent pouvoir évoluer facilement, pour grandir et enrichir leurs salariés ; les règles trop contraignantes, rigides et centralisées doivent donc être proscrites. C’est vrai également des structures sociales: un bataillon de fonctionnaires dans un bureau ministériel, aussi brillant qu’il soit, ne peut produire les solutions adéquates à chaque cas particulier.

Pour que la société française retrouve pleinement sa mobilité, il faut redonner à chacun la confiance que l’avenir sera porteur d’opportunités dans une société déverrouillée de l’intérieur. Cela implique de revoir totalement les politiques d’éducation et de réformer profondément le marché du travail.

Cette dynamique est également celle de la simplicité et renverse la conception de nos politiques publiques. Aujourd’hui, nous vivons dans une économie qui a fait de la complexité la norme commune et qui présente la simplicité comme une exception, un don magnanime de l’État (voir le régime de l’autoentrepreneur, les dispositifs d’allégements, etc.). Demain, il faudra aller vers une économie qui fasse de la simplicité, organisée autour de principes généraux, la règle ; et de la complexité, définie au niveau local en fonction de chacun, l’exception.

Cette ambition porte en elle celle d’une société renouvelée, plus libre et autonome, qui s’assume et revendique le droit d’agir, sans attendre de permission. C’est une bonne nouvelle qu’elle soit portée par des acteurs privés, dans un pays où même le débat public reste façonné par l’État, comme l’a montré un livre de John Campbell publié à Princeton au printemps.

Les propositions du Medef sont cependant insuffisantes. Pour que la société française retrouve pleinement sa mobilité, il faut redonner à chacun la confiance que l’avenir sera porteur d’opportunités dans une société déverrouillée de l’intérieur. Cela implique de revoir totalement les politiques d’éducation et de réformer profondément le marché du travail. Cela suppose de repenser le rôle de l’État et l’engagement des entreprises (qui ne peuvent continuer à recevoir autant de subventions). Cela demande de rompre avec le «capitalisme de connivence» que décrit si bien Jean-Marc Daniel. Cela suppose, en fait, de faire une vraie révolution intellectuelle, économique et sociale. De ce point de vue-là, les propositions du Medef restent finalement d’une grande timidité.

(LIEN)

Publicités