Le premier secrétaire du Parti socialiste a ceci en commun avec le Secrétaire général de l’ONU qu’il dirige une assemblée d’individualités animées par leur seul intérêt personnel et qui ont la particularité de ne pas se faire confiance, ni de s’aimer beaucoup. L’un comme l’autre passent leur temps et épuisent leur énergie à définir des compromis timides, des synthèses fades que personne ne respecte sincèrement, mais qui permettent de faire taire les armes quelques jours, voir quelques semaines.

La nomination de Manuel Valls à Matignon et celle d’Emmanuel Macron à Bercy semblent semer le trouble, et les invectives se multiplient à Gauche.

François Hollande excellait dans cette fonction. Jean-Christophe Cambadélis s’y essaie maintenant. Et il se retrouve au milieu de ce qui ressemble à un conflit virulent, fait d’assauts continus et de tirs tous azimuts. Soucieux de calmer les esprits, il déclarait récemment dans la presse, que le «social-libéralisme ne fait pas partie (du) vocabulaire» du PS. En 2012, déjà, Michel Sapin voulait qu’on le qualifie de «social-démocrate» et non de «social-libéral». Au début de 2014, le Président de la République lui-même avait expliqué qu’il n’est «pas gagné par le libéralisme», ajoutant qu’avec sa politique «c’est tout le contraire puisque c’est l’Etat qui prend l’initiative».

La nomination de Manuel Valls à Matignon et celle d’Emmanuel Macron à Bercy semblent semer le trouble, et les invectives se multiplient à Gauche – car chacun sait qu’au pays de Montesquieu, de Guizot, de Tocqueville, de Bastiat ou de Aron il n’est de pire infamie que d’être qualifié de «libéral»!

Passons sur le fait que ces débats font l’impasse sur la richesse de la pensée libérale (comme le montre Mathieu Laine dans son excellent «Dictionnaire du Libéralisme»). Le rôle de l’Etat, par exemple, n’est décidément pas le même chez un Rothbard (qui qualifie l’Etat de «vaste organisation criminelle») ou un Aron ; et Milton Friedman (père du «voucher» qui prône un financement public de l’Education intermédié par le libre choix des parents) était bien timoré en comparaison avec son fils David, qui prône «une société sans Etat». Et que dire, de Hayek, repoussoir des gauchistes comme de la droite tétanisée, mais qui était favorable à un revenu minimum!

Les socialistes débattent dans le flou mais personne ne s’étonnera qu’ils connaissent mal la pensée libérale. C’est d’autant plus dommage qu’il existe une pensée socialiste libérale. Qui n’est pas sociale-démocrate.

Qu’importe. Les socialistes débattent dans le flou – mais personne ne s’étonnera qu’ils connaissent mal la pensée libérale. C’est d’autant plus dommage qu’il existe une pensée socialiste libérale. Qui n’est pas sociale-démocrate.

Le socialisme, s’il a pris une dominante marxiste en France, était pluriel à son origine. Rien de commun entre un Saint-Simon et l’ami Karl. Mais c’est ce dernier (ou la doxa qu’on en a tiré) qui l’a emporté dans les esprits et avec lui les idéaux de conquête révolutionnaire du pouvoir, et de collectivisation des moyens de production comme de la vie civile. Au diable le marché et les libertés individuelles!

Rapidement confrontés à l’échec pratique de leur doctrine et aux abominations de sa mise en œuvre soviétique (ce qui était apparu avec évidence partout dans le monde sauf en visiblement en France, où Sartre glorifiait le totalitarisme sanglant de l’URSS), les socialistes ont entrepris, dès le début du XXe siècle, de définir une «troisième voie», qui abandonnait la piste révolutionnaire au profit de la voie démocratique et acceptait la réalité millénaire de l’échange marchand. La «social-démocratie» est ainsi une doctrine datée, qui sacralise, après la Seconde guerre mondiale, l’Etat Providence et ses mécanismes redistributifs et régulateurs. Comme l’a montré Pierre Rosanvallon, elle en crise depuis la fin des années 1980: l’Etat a fait faillite. S’en revendiquer aujourd’hui n’est pas un signe de progrès, c’est un bond de 30 ans en arrière.

Si être socialiste c’est vouloir améliorer le sort des plus défavorisés, alors il faut être résolument libéral, car ce sont les solutions apportées par le marché qui donnent réellement leur chance à chacun.

Le «réformisme» est né de cette aspiration, en Allemagne, autour d’homme comme Edouard Bernstein. En France, cette ligne pragmatique, conspuée et intimidée par l’extrême gauche virulente, a été défendue par Jaurès, par Blum, plus tard par Mendès ou Michel Rocard.

Le «socialisme libéral» est différent. Il a une histoire propre et forte, en Italie particulièrement mais en France également. Dans notre pays, c’est Charles Renouvier qui au XIXe siècle forge l’expression et le courant, auquel on rattache également Proudhon (que les communistes détestaient). Cette pensée, riche, défend l’individu, l’autonomie de la sphère économique par rapport à la puissance publique, la démocratie pluraliste et la réforme. Elle privilégie la liberté pour lutter contre la misère, plutôt que la «justice sociale» autoritaire de l’Etat que dénonçait Hayek.

Dans son intolérance exemplaire, Simone de Beauvoir défendait l’idée que la vérité était unique et nécessairement socialiste. Comme son compagnon, elle se fourvoyait. En réalité, le socialisme est multiple et pluriel. Si être socialiste c’est vouloir améliorer le sort des plus défavorisés, alors il faut être résolument libéral, car ce sont les solutions apportées par le marché qui donnent réellement leur chance à chacun. En ce sens, comme l’écrit l’économiste italien de Harvard, Alberto Alesina, «le libéralisme est de gauche»

 

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