Dans son immense sagesse, le Gouvernement vient de faire voter une loi qui «encadre lesstages». L’objet du texte bienveillant est de préserver les jeunes d’un mal qui les ronge et qui pourrit notre société de l’intérieur: l’abus de travail.

Le constat n’était, à l’évidence, pas aisé à démontrer: dans un pays où le chômage des jeunesn’est pas descendu sous la barre des 10% depuis 35 ans (et sous celle des 15% depuis 32 ans), on aurait pu croire que la jeunesse française souffrait d’un manque de travail, pas d’un excès. Une telle réflexion a le défaut d’être anti-progressiste: car, ce qui compte, ce n’est plus le travail, c’est sa qualité. Et chacun sait qu’un stage, ou plusieurs à la suite, c’est déshonorant et humiliant pour un jeune sans expérience ; un outrage, même, à sa dignité.

La loi du Gouvernement relève d’abord d’une méconnaissance totale du marché du travail

La loi du Gouvernement relève d’abord d’une méconnaissance totale du marché du travail. Si les jeunes enchaînent les stages, c’est que les employeurs refusent de les embaucher. Une première raison à cette motivation (si l’on exclut, évidemment, la méchanceté inhérente au patronat) est tellement commune qu’il faut s’excuser de la mentionner: c’est la morosité de l’économie française (pour ne pas dire son trait de caractère franchement déprimé). Une deuxième, c’est qu’un recrutement est coûteux: pour qu’il soit rentable, il faut que le jeune rapporte plus qu’il ne coûte, c’est-à-dire plus qu’un SMIC – lequel est sensiblement élevé. Une dernière raison, c’est le carcan du droit du travail: l’employeur qui recrute ne peut pas se tromper car, s’il doit se séparer de son salarié en CDI, cela sera d’une complexité et d’un coût astronomiques.

Face à ces rigidités, les recruteurs ont recours aux quelques flexibilités qui subsistent dans le système. Ils privilégient les CDD, qui ont le mérite d’avoir un terme. Et ils multiplient les stages, qui offrent une main d’œuvre moins coûteuse et permet de tester d’éventuelles recrues. Pour les 99% des entreprises françaises qui ont moins de 50 salariés, ces respirations sont essentielles. L’abondance de stages est ainsi le fruit d’une hyper-régulation du marché du travail: tant que celle-ci subsistera, la «précarité» qui prospère à ses marges, se développera également. Pour limiter le nombre de stages, il ne faut pas les interdire ; il faut au contraire libérer le marché du travail.

La loi sur les stages est ensuite révélatrice d’un étrange rapport au travail: elle oublie que dans la vie, il faut suer un peu avant de profiter.

D’enquêtes en commentaires sociologiques, les conclusions se succèdent pour déplorer les fins de mois difficiles des jeunes, leur stress face aux examens, leurs problèmes pour acquérir des biens. Rendez-vous compte: nos petits chéris sont au bord du «burn-out». On n’imagine pas combien il est pénible d’avoir 20 ans dans un pays aussi riche que la France. C’est une réelle injustice, qui conduit plus d’un enfant à renoncer à des plaisirs de consommation.

La loi sur les stages porte en elle le chômage des jeunes sur le long terme, car elle accroît encore plus la rigidité du marché du travail.

La proposition qui en découle, évidemment, c’est que l’Etat, en nounou bienveillante, devrait leur faire un petit chèque. C’est plus égalitaire. Comme si le jeune qui commence sa vie active devait, par principe et par droit, bénéficier du même confort que ses parents, des mêmes avantages que ceux qui travaillent depuis des décennies ou que celui-ci qui s’est enrichi par son labeur. Comme si le rôle de la société était préserver les jeunes dans leur cocon ouaté de tendresse mièvre.

La loi sur les stages porte en elle le chômage des jeunes sur le long terme, car elle accroît encore plus la rigidité du marché du travail. Elle véhicule un dénigrement du travail et de l’effort. Elle est le symbole d’une culture misérabiliste, qui entretient les jeunes dans une attitude de mendicité face aux subventions publiques. Elle fait l’inverse de ce qu’il faudrait pour renouer avec la croissance et l’emploi.

(LIEN)

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