Voici le texte de ma chronique : Médias : comment les aides massives de l’Etat français à la presse tuent l’innovation

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Comme dans beaucoup d’autres domaines, les subventions publiques accordées aux titres de presse français sont en fait la source de leurs nombreuses difficultés financières. Car une source de revenus stables décourage l’inventivité et la performance. Décryptage comme chaque semaine dans la chronique du « buzz du biz ».

La France se transforme progressivement en un immense musée. D’ici quelques années, nous serons devenus le conservatoire mondial des pratiques anciennes, préservées par la bienveillance de nos dirigeants et grâce aux contribuables, des tumultes du progrès international. En affiche de promotion touristique, Arnaud Montebourg, portant fièrement la marinière et accoudé à la terrasse d’un café parisien, lira son journal papier, les doigts salis par l’encre de son quotidien préféré, lequel sera resté solidement fidèle à ses convictions molles.

Car il n’y a pas vraiment de raison que la presse change.

Le secteur du journalisme est, comme beaucoup d’autres en France, sous perfusion publique – ou, pour reprendre les mots de la Cour des comptes, sous « dépendance » aux aides massives de l’Etat. D’après le ministère de la culturele titre le plus aidé est Le Monde, qui reçoit près de 19 millions d’euros, juste devant Le Figaro, à un peu plus de 18 millions. Le contribuable sera certainement heureux d’apprendre que l’Hebdo des Socialistes reçoit 163 000 euros et l’Ami du Peuple près de 160 000. Evidemment, tout cela n’empêche pas plusieurs de ces titres de connaître de grandes difficultés. Libération, par exemple, qui reçoit pourtant plus de 10 millions d’euros.

Comme dans beaucoup d’autres domaines, cette politique de subvention pourrait bien être à la source du mal : en assurant aux titres une source de revenus stables, les aides ne découragent-elles pas l’inventivité et la performance ?

Outre-Atlantique, la presse est beaucoup plus innovante.

Le New York Times, par exemple, a recruté un « chief data scientist », dont la mission sera de développer le « machine learning » pour mieux propulser l’information vers les lecteurs (comme le fait Netflix avec les films), mieux les comprendre et les fidéliser. De la même façon, le journal vient de créer une application de synthèse d’information « NYT Now » (une « new summary app »), pour adapter son contenu au mobile (qui est l’avenir !), c’est-à-dire proposer peu de texte, quelques images et des données claires et efficaces.

Les Américains sont tellement convaincus que la presse va constituer la prochaine révolution de l’information que deux géants d’internet sont en train de se lancer dans le business. Pierre Omidyar, le fondateur de eBay, vient de créer First look Media. Jeff Bezos a repris le Washington Post : ensemble, ces nouveaux barons de la presse sont en train de révolutionner les média. Les entrepreneurs se lancent également : Ezra Klein prépare l’arrivée prochaine de Vox Media.

Le monde des médias est en ébullition et bouge de toutes parts. Comment créer de la valeur à l’heure où l’information est gratuite ? Comment informer à l’heure où la lecture est rapide ? Comment valoriser le contenu quand les auteurs sur internet sont légion ? Comment mieux satisfaire son public à l’heure du « big data », du numérique et du smartphone ?

La rencontre entre la presse et les innovateurs d’internet est en train de reconfigurer profondément les pratiques, les productions et les métiers. Cette dynamique est guidée par la volonté de mieux répondre aux attentes des consommateurs (pardon, lecteurs) et par le souci de rentabilité. Le journalisme est en train de se réinventer, aiguillonné par le marché, dynamisé par internet, boosté par la concurrence qui oblige les titres traditionnels à se réinventer. Les médias Français peuvent tenter de l’ignorer, mais c’est pourtant du marché que viendra leur renouveau – et non de la rue de Vallois.

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