Ma chronique hebdo : E-commerce : pourquoi les représentants du peuple devraient cesser de vouloir réglementer la concurrence « déloyale »

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Presque tous les Français achètent des produits en ligne : au moins 96% d’entre eux sur la dernière année d’après un sondage publié la semaine dernière ; et un peu plus de la moitié le fait même une fois par mois. C’est, chacun le perçoit, une révolution des habitudes de consommation et de vente.

Internet bouleverse évidemment les pratiques des commerçants, remettant en cause les usages auxquels nous étions accoutumés. A en croire les images d’Epinal diffusées dans le débat public, l’honnête boutiquier d’antan, avec son tablier et ses mains calleuses fatiguées par le travail manuel, est remplacé par des geeks, adolescents attardés et boutonneux, qui portent des chemises à carreaux, ont les tempes rasées mais la chevelure longue et travaillée, des lunettes à montures épaisses, et passent leurs journées à machonner derrière des écrans qui affichent des notions incompréhensibles pour les profanes.

En clair, « internet kills the shopkeepers ». Pour réagir à ce désastre civilisationnel, le Parlement, dans sa grande sagesse et son infinie compréhension de ce qui est bon pour les consommateurs, décide régulièrement de mesures visant à protéger le « petit commerce » contre la concurrence « déloyale » (les deux mots sont d’ailleurs inséparables dans le langage parlementaire). Le dernier exemple en date est ce qui a été fait contre Amazon.

Le problème c’est que les représentants éclairés du peuple se fourvoient… Alors que la chanson annonçait que la vidéo allait tuer les gloires de la radio, chacun constatera que le star system se porte bien : il s’est même probablement développé en changeant de modèle. Ce qui s’est passé dans le show bizz se passe aujourd’hui dans le commerce de détail : Internet est en train d’inventer une nouvelle façon de faire du commerce.

Contrairement aux craintes les plus communes, il se pourrait que le worlwide web (dont on célèbre le 25e anniversaire) ne tue pas les relations sociales mais renforce de nouveaux liens de proximité.

Le e-commerce redonne en effet une valeur à la proximité. Réaliser l’achat depuis son canapé (ou derrière son bureau) amène le consommateur dans une relation différente au produit : il ne le touche pas, il ne le sent pas, il ne le teste pas, il ne reçoit pas de conseils. Dès lors, il réalise aussi que ces possibilités ont une valeur spécifique qui peut justifier un prix plus élevé.

L’arrivée de nouveaux entrants doit donc inciter les commerçants en boutique à réviser leur stratégie et renouveler leur offre : ils ne pourront pas leur faire concurrence s’ils ne montent pas en gamme, s’ils ne se différencient pas par la qualité. Ils ne peuvent lutter sur les prix bas : leurs charges, incompressibles, sont plus élevées que les sites internet (personnel, loyer) ; ce n’est pas déloyal, c’est un modèle de distribution différent.

Le e-commerce est également un vecteur de proximité. Ce qu’ont oublié les parlementaires en interdisant à Amazon d’offrir les frais de port, c’est que la livraison est par définition réservée à l’emploi local. Plus il y a de e-commerce, plus les livreurs ont d’activité et plus la logistique est stimulée. C’est vrai pour le groupe La Poste, dont l’activité de colis croît de 8% en moyenne annuelle ; c’est vrai aussi pour des régions en difficulté, où l’activité logistique est un réel relais de croissance.

Le e-commerce est dans une situation réglementaire paradoxale. Relais de croissance de la distribution, il est perçu comme une menace par les législateurs qui le présentent comme un instrument déshumanisé alors qu’au contraire, il est un vecteur de proximité. C’est qu’ils pensent le monde d’aujourd’hui avec les matrices d’hier…

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