La chronique hebdo : Co-voiturage, AMAP : l’économie de partage peut-elle survivre à la machine administrative française ?

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Les autorités publiques ne voient pas d’un bon œil les activités de consommation collaborative telles que le co-voiturage ou les AMAP qui se développent en dehors de toute réglementation et surtout en dehors de toute contrainte fiscale. Décryptage comme chaque semaine dans la chronique du « Buzz du biz ».

La mode est au « collaboratif » : pour être tendance, il faut partager en teintant ce geste altruiste d’un zeste de « responsabilité environnementale » et d’une dose de conscience sociale. Il est donc de bon ton de favoriser le « co-voiturage », de valoriser les structures partagées (le top du bobo étant l’AMAP qui bénéficie du label « retour au vrai ») et d’aimer emprunter les outils inutilisés d’un voisin. Le succès de cette dynamique est tel qu’il porte tout un secteur économique : la « sharing economy ».

Cette tendance est passionnante car elle est révélatrice, à bien des égards, des transformations de la société contemporaine.

La « sharing economy » et en particulier la « consommation collaborative » marquent un renouveau des formes de solidarités, grâce aux nouvelles technologies. Alors que les discours pessimistes prédisaient une société d’individus décérébrés scotchés à leurs écrans, Internet est une occasion de multiplier les rencontres, centrées sur des intérêts communs.

Le numérique offre aujourd’hui à la société la possibilité de renouveler les liens sociaux. L’Etat-Providence en crise s’affaiblissant après avoir anéanti les liens traditionnels de solidarité, la société produit elle-même de nouvelles solidarités. Les anglo-saxons, plus habitués au bouillonnement des communautés locales, ont pris une longueur d’avance : David Cameron avait fait de la « Big Society » son projet électoral, inspiré par le « conservatisme compassionnel » ; la « sharing economy » prospère outre-Atlantique, et ses domaines semblent ne pas avoir de limite (voir cette intéressante typologie de Fast Company).

Dans le même temps, la « sharing economy » est révélatrice d’une autre tendance : celle qui fait entrer dans le marché ce qui ne l’était pas auparavant.

Grâce au développement des sites de « partage », c’est en réalité la location et le marché de l’occasion qui se développent grâce au numérique : la place de voiture qui était auparavant vide est désormais louée, tout comme la chambre inoccupée à la maison ; et les outils sont revendus sur une plateforme au lieu de moisir dans le garage…

Loin de la pure générosité altruiste, c’est bien le souci d’augmenter ses revenus qui porte la « sharing economy », qui recouvre en réalité un commerce « C to C » (consumer to consumer). Rien de plus sain là dedans : les individus optimisent l’utilisation de leurs biens et, au passage, accroissent leurs revenus !

Ce que montre ces tendances, c’est que les nouvelles technologies permettent de rentabiliser des activités qui, auparavant, n’existaient pas. Elles créent également de nouveaux services qui permettent, bien souvent, de répondre à une demande qui n’était pas satisfaite auparavant (les offres existantes étant trop chères).

Il reste à savoir jusqu’où la tendance ira. Verra-t-on émerger une « sharing society », avec des travailleurs « free lance » ? Rien n’est moins sûr, d’autant plus que les autorités publiques ne voient pas exactement d’un bon œil ces activités qui se développent … en dehors de toute réglementation et en dehors, surtout, de tout cadre fiscal ! Citoyens entrepreneurs du quotidien, l’Etat veille sur vous !

La machine administrative n’a pas l’intention de laisser prospérer ce qu’elle ne contrôle pas. Ainsi, récemment, la DGCCRF a rappelé que le covoiturage n’était pas une activité libre ! La réglementation prévoit qu’il doit être soit gratuit soit soumis à une facturation à condition que celle-ci corresponde au partage des frais. En clair : interdit de faire du bénéfice, car l’Etat ne pourrait pas le taxer !

 
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