Il veut jouer les arbitres du match de la téléphonie mobile… Petite leçon de concurrence à l’usage d’Arnaud Montebourg

J’ai répondu aux questions d’Atlantico : Il veut jouer les arbitres du match de la téléphonie mobile… Petite leçon de concurrence à l’usage d’Arnaud Montebourg

A lire ci dessous ou sur le site d’Atlantico.

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Pour respecter les règles de concurrence et parce qu’il n’a pas besoin de deux réseaux mobiles, l’opérateur de téléphonie Bouygues – candidat au rachat de son concurrent SFR – est entré en négociations exclusives avec Free. Arnaud Montebourg a déclaré qu’il était en faveur d’un rapprochement des opérateurs de téléphonie mobile à condition qu’il n’y ait aucun plan social.

Atlantico : Dans une interview donnée au « Parisien Dimanche » – « Aujourd’hui en France », Arnaud Montebourg déclare qu’il est en faveur d’un rapprochement des opérateurs de téléphonie mobile à condition qu’il n’y ait aucun plan social, zéro départ volontaire et pas de licenciement. Cette vision de l’économie est-elle solide ? Est-elle crédible ? Est-elle réaliste ?

Erwan Le Noan : Arnaud Montebourg a une vision très extensive de son travail de ministre qui, visiblement, l’amène à se considérer PDG de chacune des entreprises de France. En conséquence, il prend l’habitude de dire ce que devraient faire les entreprises, sous quelles conditions, quelles devraient être leurs stratégies et tout cela évidemment avec de l’argent qui ne lui appartient pas. Si des entreprises fusionnent, c’est qu’elles envisagent certainement des gains de productivité : il serait assez compréhensible qu’il existe des doublons, des redondances puisque leurs activités sont semblables. C’est aux entreprises de le décider et d’en tirer les conséquences. Que Monsieur Montebourg ait des préférences pour un secteur industriel est tout à fait légitime ; ce qui l’est beaucoup moins, ce sont ces injonctions comminatoires.  

« La concurrence par la destruction s’arrêtera si nous revenons à trois opérateurs mobile tout en maintenant des prix bas ». Que signifie concrètement l’expression « concurrence par la destruction » ? Cette déclaration du ministre n’est-elle pas contradictoire ?

La « concurrence par la destruction », ça ne veut pas dire grand chose. On comprend que Monsieur Montebourg désigne par là ce qui serait selon lui une spirale du « moins disant », de la baisse obsédée des coûts et de la perturbation indigne des vieux modèles. C’est un tableau très noir et tout à fait caricatural. La concurrence conduit les opérateurs économiques à être toujours plus efficaces, ce qui a pour conséquence de les amener à proposer des produits toujours moins chers aux consommateurs. Ils peuvent aussi innover, pour renforcer la qualité de leurs offres et donc reconstituer des marges. La concurrence détruit, c’est vrai : les modèles anciens, dépassés, qui ne sont pas capables de répondre aux nouvelles demandes. Mais surtout, la concurrence crée : de nouveaux produits, de nouvelles offres, de nouvelles combinaisons économiques. La concurrence est le moteur de l’économie : sans elle, l’économie stagne et les gens s’appauvrissent.

La concurrence n’est-elle pas également une source d’emplois ? A qui profite la concurrence ?

La concurrence a des effets ambivalents sur l’emploi selon où l’on se place et quand on se situe. A court terme, elle en détruit dans les secteurs qui n’ont pas su s’adapter : la concurrence de l’électricité a certainement fait du mal à ceux qui travaillaient dans les machines à vapeur. Mais à long terme, la concurrence crée des emplois en redéployant les gains dans l’ensemble de l’économie : des emplois sont créés dans les nouveaux secteurs, les consommateurs dépensent dans d’autres et entretiennent l’activité. Quoiqu’il en soit, le but de l’entreprise, contrairement à ce que Monsieur Montebourg semble prétendre, ce n’est pas de faire de l’emploi quoi qu’il arrive. Le but de l’entreprise est d’abord de faire du profit : c’est cela qui lui permet de se développer, puis d’embaucher ; mais il ne faut pas inverser les relations.

Selon le ministre, moins d’opérateurs mettrait fin à la guerre des prix. Le problème réside-t-il réellement dans le nombre d’opérateurs de téléphonie mobile ?

Si le ministre veut dire que la concurrence disparaitrait, il n’y a pas de quoi se réjouir (surtout que l’expression de « guerre » n’est vraiment pas bonne). S’il veut dire que l’économie serait plus efficace, tout en restant concurrentielle, avec trois opérateurs, c’est très bien – mais cela reste à démontrer. Toute la question est de savoir si la concurrence est déterminée par le nombre d’opérateurs : c’est ce que pensent, généralement, les autorités de concurrence ; la théorie économique (l’école autrichienne par exemple) enseigne que ce n’est pas systématiquement le cas.

Le ministre du Redressement productif demande, entre autres, aux opérateurs « la stabilisation du secteur ». Est-ce la finalité d’un secteur que d’être stable ? A quel avenir peut prétendre un secteur qui se stabilise ?

Un secteur économique « stable », c’est a priori un secteur qui se meurt. S’il est stable, c’est que les opérateurs n’innovent plus, que les acteurs en place sont protégés des nouveaux entrants ; c’est un secteur de rentier. Un secteur comme celui-ci est promis au déclin. L’économie est un processus dynamique, en évolution constante. La déstabilisation des modèles d’hier est le lot commun, sain et bénéfique de l’économie.

Au nom du gouvernement, Arnaud Montebourg souhaite « déjà que les candidats améliorent ces offres [de reprise] au regard de nos exigences ». Quelle est la logique des contreparties exigées ? Est-ce à l’Etat de s’immiscer dans la gestion des entreprises ? Le peut-il dans ce cas précis ?

L’Etat n’a pas à se mettre à la place des dirigeants d’entreprise, surtout quand on sait comment il est lui-même un grand modèle de saine gestion. L’exception serait quand il est actionnaire d’une entreprise, ce qui est le cas d’Orange (mais pas des autres entreprises du secteur). La meilleure contrepartie que l’Etat puisse souhaiter, c’est une économie qui fonctionne bien, une concurrence saine et vive, qui garantisse des gains de pouvoir d’achat pour les consommateurs, des emplois et des rentrées fiscales.

Propos recueillis par Marianne Murat 

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8 commentaires sur “Il veut jouer les arbitres du match de la téléphonie mobile… Petite leçon de concurrence à l’usage d’Arnaud Montebourg

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  1. Suite à l’émission à laquelle vous avez participé, sans briller tellement :
    Erwan Le Noan… Le champion de la mémoire sélective.
    Passons par charité sur les confusions et approximations de vos affirmations (je suis quand même surpris que vous soyez à Science Po… Pauvres étudiants).
    Bref, là où ce n’est plus possible c’est quand vous affirmez que le secteur privé assume les pertes financières. C’est avoir la mémoire d’un hamster : qui à renfloué les banques en 2007 Erwan ? Avec les conséquences que l’on sait…

  2. Tout à fait hors sujet….
    Je viens de vous entendre sur France culture à l’instant, lorsque, à la dernière minute de l’émission, le présentateur a cité un exemple de »colbertisme municipal »….
    Il serait plus juste d’écrire que je ne vous ai pas entendu….
    Vous auriez pu lui répondre par un exemple de »colbertisme départemental » avec la 3eme faillite d’Heuliez chez madame Royale….
    Ultime faillite qui ne sera rendue publique qu’après les élections municipales, justement…. Gr

  3. J’ai au contraire trouvé vos interventions très pertinentes. Face à deux autres invités favorables à l’interventionnisme étatique à tout va, vous avez réussi à faire entendre une voix non collectiviste.
    Quant à votre absence de réponse à propos du colbertisme municipal, je sais (pour avoir moi même participé à cette émission de France Culture) que ce ne sont pas les invités qui décident quand ils veulent parler. A la différence de certains débats enflammés (mais du coup un peu bordéliques) sur d’autres antennes, la règle du jeu est beaucoup plus stricte.

  4. @ Dubois
    « là où ce n’est plus possible c’est quand vous affirmez que le secteur privé assume les pertes financières. C’est avoir la mémoire d’un hamster : qui à renfloué les banques en 2007 »
    Il existe en effet une exception pour les banques. J’imagine que Erwan Le Nohan la trouve (tout comme moi) parfaitement regrettable. C’est incontestable, les banques ne devraient pas se sentir à l’abri de la faillite en se sachant ainsi protégées.

    Reste que cela ne change rien à la justesse de l’argument d’Erwan Le Nohan pour la totalité des autres secteurs…

  5. Merci :)
    Pardon de n’avoir pas répondu auparavant : en effet, tout à fait d’accord sur les banques. Cette exception n’avait pas lieu d’être.
    eln

  6. je ne crois pas que l’objectif d’une entreprise soit de faire du profit ; il faut qu’elle en fasse pour pouvoir payer ses travailleurs et les améliorations nécessaires (machines ou inventions)

    une entreprise ne devrait exister que pour répondre à un besoin

    à l’époque où nous arrivons, nous ne pouvons plus fabriquer de choses superflues qui utilisent des ressources non renouvelables ; qu’on s’amuse à fabriquer des bracelets fantaisie avec des emballages recyclés d’accord mais nous ne devons plus gaspiller les ressources de la planète pour des futilités
    il nous faut revenir à l’essentiel

    et s’il y a 2 boulangers dans un village, alors il y aura une émulation intéressante mais la concurrence qui amènerait à la faillite de celui qui paye correctement ses fournisseurs et ses employés, nous ne devons plus la souhaiter

    quant au secteur public, il existe encore des humains qui aiment travailler pour la collectivité avec une rémunération correcte, décente ; nous ne sommes pas tous attirés par des primes, des augmentations etc…le bien vivre ensemble est une récompense tellement plus gratifiante, et qui ne s’achète pas…au contraire ; elle est plutôt détruite par le chacun pour soi

  7. « une entreprise ne devrait exister que pour répondre à un besoin »
    vous avez raison et d’ailleurs c’est la loi du marché. les seules entreprises qui subsistent sans répondre à un besoin sont publiques ou subventionnées / protégées de la concurrence

    si le secteur public servait l’intérêt général uniquement, comme vous semblez le prétendre, la France devrait être un paradis sur Terre. Croyez moi, tout le monde dans le privé ne rêve pas de devenir immensément riche par méchanceté, ni dans le public à rester pauvre. ..

  8. Effectivement, sur France cul, la prise de parole est parfois délicate
    On ne compte plus les interruptions des invités surtout s’ils sont minoritaires et/ou non »main stream »
    Mais c’est surtout dans les émissions politiques de la chaîne ou sur « les matins de France culture » que ça atteint des sommets d’incorrection

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