Je réponds aux questions d’Atlantico : Le vrai bilan de la direction la concurrence européenne : ce qu’Arnaud Montebourg oublie un peu vite sur le fonctionnement d’un capitalisme sain

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Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a attaqué mardi 25 février la direction générale de la concurrence de la Commission européenne dominée, selon ses termes, par des « talibans du droit », allant jusqu’à souhaiter son démantèlement. Le ministre a entre autres visé les aides d’Etat trop peu suffisantes en ces temps difficiles alors que nos concurrents asiatiques et américains auraient une stratégie plus fructueuse. Mais il semble que M. Montebourg ait omis des fondamentaux…

 

1)    Dans sa dernière attaque en date contre la concurrence, Arnaud Montebourg propose de « démanteler d’urgence » la direction générale de la concurrence de la Commission européenne dénonçant les « talibans du droit » de la concurrence. Selon lui, la Commission appliquerait un régime trop sévère et ne comprendrait rien à la mondialisation. A quoi ressemblerait la mondialisation sans gardien des règles de la concurrence ?

Monsieur Montebourg devrait relire les traités fondateurs de l’Europe et les mémoires des Pères fondateurs. Ils sont très clairs : l’Europe est fondée sur une union économique qui porte la concurrence comme principe fondamental – si ce n’est premier.

Dans la mondialisation, il y a plusieurs gardiens des « règles » : l’OMC notamment. Le rôle de la Commission européenne et des autorités de concurrence en Europe est de garantir que les marchés fonctionnent selon des normes : c’est un principe élémentaire de l’Etat de droit. Sinon, c’est le copinage qui prévaut. La concurrence garantit que les profits aillent aux plus performants, quelle que soit leur taille, quelles que soient leurs nationalités. Elle garantit aussi que les consommateurs paient les prix les plus bas à niveau de qualité donnée.

Si l’on s’en tenait aux principes de Monsieur Montebourg, c’est le capitalisme de copinage qui prévaudrait. L’entreprise qui serait la mieux protégée de la concurrence serait, au final, celle qui aurait les meilleurs amis politiques. Au final, le consommateur paierait plus cher (les produits directement ou les subventions aux entreprises), pour satisfaire des préférences politiques.

2)    L’Europe s’en tirerait-elle vraiment mieux sans une politique de la concurrence ? De quoi la politique européenne de la concurrence a-t-elle protégé les entreprises françaises ? A contrario, en quoi a-t-elle pu contribué à les fragiliser ?

On peut contester les règles du droit de la concurrence telles qu’elles existent évidemment : les auteurs les plus « libéraux » le font au nom d’un meilleur fonctionnement du marché (qu’il s’agisse d’Alan Greenspan par exemple dans ses mémoires ou des auteurs dits de l’école autrichienne). Mais ce que défend Arnaud Montebourg, c’est le droit d’entraver encore plus l’économie de marché.

La concurrence a pour effet d’obliger les entreprises à être plus performantes. Elle les contraint à innover, à mieux répondre aux attentes des consommateurs. Elle protège donc les entreprises de l’habitude, de la rente qui conduit inévitablement à se faire dépasser par les concurrents étrangers par exemple. Ce processus induit, c’est vrai, une déstabilisation permanente : ce n’est certainement pas confortable pour les capitalistes rentiers.

3)    Montebourg a-t-il raison de dire que les règles européennes sont trop restrictives par rapport à celles de ses partenaires commerciaux ? Font-elles de l’Europe le dindon de la mondialisation comme il le laisse penser ?

Dans ses propos, Arnaud Montebourg mélange, volontairement ou non, des règles très différentes aux objets distincts. Il vise par exemple les règles européennes qui conditionnent les aides d’Etat à des critères transparents, ce qui n’existe pas en effet ailleurs dans le monde. Mais il désigne également la lutte contre les ententes, ce qui est largement diffusé ailleurs sur la planète.

Les règles de concurrence ont pour but – et pour effet – de rendre l’économie européenne plus performante : c’est une très bonne chose dans la mondialisation. Si les pays appliquaient les idées de Monsieur Montebourg, nous serions encore en train de dépenser l’argent des contribuables pour défendre les machines à vapeur contre l’électricité…

 

4)    En termes de renouveau industriel et technologique, les aides d’Etat, que chasse justement la direction de la concurrence, sont-elles vraiment aussi efficaces, notamment sur le long terme, comme le suggère le ministre du Redressement productif ?

Rien ne prouve que l’Etat soit un meilleur investisseur que les acteurs privés – l’histoire tend même à prouver le contraire. Il y a au contraire de nombreuses raisons de croire que la force des marchés est d’agréger assez spontanément des informations pour révéler au public les pistes d’investissement intéressantes. Les acteurs privés n’ont pas nécessairement un niveau de savoir et de connaissances supérieur à celui de l’Etat, mais ils sont plus nombreux à décider et le font avec leur propre argent, alors que lorsque l’Etat investit, quelques dizaines de personnes sont impliquées au mieux et elles le font avec de l’argent qui n’est pas le leur (elles n’assument donc aucun risque, ce qui n’est pas sain).

5)    Les entreprises françaises souffrent-elles, concrètement, d’une trop grande concurrence ? Ou, au contraire d’un manque de concurrence ?

Les entreprises françaises souffrent de nombreux maux : une fiscalité trop élevée (record dans l’Union européenne), un niveau de réglementation trop contraignant, un marché du travail figé, un pouvoir politique instable dans ses décisions économiques. Elles souffrent également d’un niveau de concurrence trop faible, qui conduit certaines entreprises (généralement des très grosses, protégées par leur proximité avec l’Etat) à profiter de situations confortables au détriment des plus jeunes et des plus innovantes et surtout au détriment des consommateurs.

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