Voici le texte de ma chronique hebdomadaire : Les MOOCS, la concurrence et les universités françaises

A lire ci dessous ou en ligne sur le site d’Atlantico

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Ce devait être l’avenir de l’éducation, la révolution de l’enseignement supérieur. Voici que les universités en ligne traversent une période de doute, de nombreuses questions se posant sur leur modèle économique.

Véritable phénomène de mode lors de leur lancement, les MOOCS (« Massive Open Online Courses ») ont pris un peu de plomb dans l’aile deux ans plus tard, à tel point que les commentateurs en sont venus à se demander s’ils n’étaient pas éphémères. Aujourd’hui, alors qu’ils cherchent leur positionnement dans un marché hyper concurrentiel, tout leur modèle économique est mis en question.

Ces plateformes proposent des cours en ligne : les étudiants doivent s’y inscrire, parfois payer, suivre les cours, rendre des travaux ou passer des examens pour valider et obtenir un diplôme. Le tout sans bouger de chez eux et en pouvant suivre les enseignements des établissements les plus prestigieux à l’autre bout du monde. Il y a deux ans, quand ils on été lancés, c’était la révolution (pour reprendre un édito de Thomas Friedman). L’enthousiasme s’est cependant dégonflé.

Le débat porte aujourd’hui sur la viabilité de leur modèle économique, qui se cherche encore. Les coûts fixes de lancement d’un MOOC sont très élevés, mais leur développement l’est beaucoup moins : une fois que le cours est en ligne, cela ne change pas grand chose d’avoir dix ou mille étudiants en plus, rappelait The Economist citant Alex Tabarrok (qui a lancé l’excellent Marginal Revolution University avec Tyler Cowen).

Si la massification est facile, elle pose problème pour les universités qui portent les MOOCS, comme le montre Caroline Hoxby (par ailleurs excellente promotrice du free choice) dans un papier récent au NBER. Pour les universités peu sélectives, les MOOCS sont des concurrents directs. Pour celles qui appartiennent à l’élite, les MOOCS risquent de dégrader leur image « premium » en rendant accessibles à tous ce qui était réservé à certains.

Trois éléments sont intéressants dans cette révolution numérique dans le supérieur :

La première conclusion, c’est que le jeu du marché devrait faciliter le tri. Les étudiants iront vers les offres qui leur semblent les plus justifiées : si l’université n’offre rien de plus que le web, ils iront vers les plateformes internet. Les établissements pourront se distinguer car, comme l’écrit l’économiste John Cochrane, « les universités offrent plus que des cours » : elles proposent un signal, attaché au diplôme, des infrastructures, un environnement intellectuel (et les clusters, ça compte, comme le montre l’économiste Enrico Moretti), un accompagnement, etc. Ce qui est vrai des universités l’est de nombreuses autres activités confrontées à la concurrence d’Internet : si mon libraire n’offre rien de plus qu’Amazon, pourquoi y aller ?

La deuxième pistes à suivre, c’est que les MOOCS pourraient être une économie de « superstars » : le plus performant raflera toute la mise (« winner-take-all » disent les économistes). C’est un peu le cas de beaucoup de géants d’Internet (et c’est d’ailleurs pour cela que Google est entré dans la course également).

Le dernier élément à relever dans la désaffection relative des MOOCS, c’est l’importance de la proximité. Le suivi des cours en ligne est finalement assez faible : à Stanford, on estime que seulement 47% des inscrits vont jusqu’au terme des cours … et à peine 8% en regardent plus de la moitié. L’écran ne remplace pas la relation élève / enseignant en direct : le besoin d’échanges, de conseils personnalisés, de prise en compte individuelle est très fort.

La France s’illustre une nouvelle fois par sa lenteur.

Un autre enseignement de ces « MOOConomics » est qu’ils révèlent une nouvelle fois les lourdeurs françaises. Notre pays s’est lancé dans l’aventure, comme souvent, sous impulsion de l’Etat et très en retard sur le reste des universités les plus en pointe : en octobre 2013, alors même qu’on sentait déjà que les MOOCS ralentissaient.

D’abord parce que les institutions publiques sont trop lentes à réagir. Le CNED, dont l’enseignement à distance est la vocation, aurait sûrement pu se lancer plus tôt, mais il ne l’a jamais fait, par attachement au papier qu’il ne saurait abandonner sans trahir son identité…

Ensuite, parce que les universités françaises sont assez peu habituées à innover et ont trop pour pratique de se tourner vers la puissance publique dès qu’il s’agit de changer. Elles attendent assez passivement que l’Etat leur prenne la main, alors que le monde change à toute vitesse. Lentement, mais sûrement, elles se font ainsi dépasser par la concurrence internationale …

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