Le texte de ma chronique hebdo : Les robots vont-ils tuer plus d’emplois qu’ils ne vont en créer ?

A lire ci dessous et sur Atlantico

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Le nouveau livre d’Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee intitulé « The Second Machine Age » démontre que la conjonction de la révolution de l’internet et le développement de l’intelligence artificielle devrait conduire à un remplacement de l’homme par le robot. Décryptage comme chaque semaine dans la rubrique « Le buzz du biz ».

Au 18e siècle, les ouvriers des ateliers britanniques détruisirent la maison de l’inventeur de la navette, instrument qui révolutionnait le tissage. Pour eux, le progrès technique était synonyme de régression sociale : leur emploi était condamné à disparaître. En février 2014, l’innovation technologique est toujours au cœur des débats sur l’emploi.

Aujourd’hui, c’est le dernier livre de Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee qui vient relancer le débat (The Second Machine Age, qui reprend leur précédent Rage Against the Machine). Leur thèse est simple mais forte : la conjonction de la révolution de l’internet et le développement de l’intelligence artificielle devrait progressivement conduire à un remplacement de l’homme par le robot.

De fait, les études s’accumulent d’auteurs pessimistes qui démontrent que les robots pourraient nous piquer nos jobs. En octobre 2013, des chercheurs d’Oxford estimaient qu’environ la moitié des emplois américains pourraient être remplacés par des robots. Dans la MIT Technology Review de juin dernier, David Rotman dressait également un constat déprimant sur l’évolution de l’emploi et prévenait qu’il fallait s’attendre à de nombreux « digital loosers » et à une montée des inégalités (les emplois qualifiés étant très bien rémunérés et les autres exclus de la course). Il pourra certainement trouver un appui auprès de Martin Wolf, qui a publié deux tribunes successives sur le sujet dans le Financial Times (ce mercredi et le précédent), prônant notamment l’intervention publique pour redistribuer les richesses…

Derrière ces débats, il y a la question de la productivité et de la croissance. Brynjolfsson et McAfee estiment que la productivité croît, mais sans être suivie par l’emploi (voir un avis inverse ici). Robert Gordon, dans un article retentissant publié dans le Wall Street Journal, s’inquiète, lui, de ce que le monde ne produise plus d’innovations profondes (internet se contentant de se diffuser à l’ensemble de l’économie). Autant de débats sans fin. Sans réponse probablement également.

En France, il existe un débat similaire. Et de fait, notre pays est l’un des champions du monde de l’automatisation. Dans l’Hexagone, les robots remplacent effectivement les humains. La particularité de la France est cependant que ce qui tue l’emploi chez nous n’est pas vraiment la Silicon Valley ni l’excès d’innovation … mais plutôt le poids excessif des réglementations et le coût du travail.

Pourquoi ? Parce que les entreprises n’ont aucun intérêt à embaucher des employés peu qualifiés. Confrontés à un emploi qu’ils jugent trop cher (les salaires progressent beaucoup plus vite que la productivité et le SMIC est toujours plus élevé) et à un marché du travail trop rigide, les employeurs remplacent leurs salariés par des machines.

Saviez-vous par exemple que nous sommes parmi les premiers à avoir remplacé les caissières par des caisses automatiques ? Parmi les plus volontaires à automatiser les lignes de métro ? Parmi les premiers à bénéficier des commandes automatiques au McDonald’s ? Saviez-vous également que ces réglementations trop contraignantes ont conduit (quel comble !) une grande partie des restaurants parisiens à substituer des micro-ondes aux cuistots ?

La technologie induit un effet de « destruction créatrice », décrit par Schumpeter (qui parlait de juxtaposition plutôt que de changements brusques d’ailleurs) : les emplois dans les anciennes activités disparaissent dans leurs formes traditionnelles, mais ils peuvent muter ou être remplacés par d’autres, plus efficaces. La richesse collective s’en retrouve renforcée, les opportunités démultipliées, l’ascension sociale favorisée. C’est le processus normal du progrès économique.

Si l’on croit dans l’intervention publique (et si l’on pense qu’elle a le pouvoir de savoir quels seront les emplois qui comptent dans 30 ans), on peut considérer qu’elle devrait favoriser ce processus par la formation initiale et continue et laisser ensuite le marché fonctionner. Mais à  trop vouloir protéger les salariés peu qualifiés, il se pourrait que nos lois aient au contraire contribué à les écarter durablement du marché du travail, au profit des robots.

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