Voici le texte de ma chronique hebdo, L’impression 3D met-elle en péril la propriété intellectuelle ?

Elle est disponible ci dessous et sur le site d’Atlantico.

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Avant-gardiste, La Poste a décidé récemment de mettre à disposition des consommateurs des imprimantes 3D dans trois de ses agences, à titre expérimental – Auchan aussi, d’ailleurs. Cette nouvelle technologie, qui reste encore relativement confidentielle, devrait rapidement se diffuser et chambouler l’industrie et la production traditionnelles. S’il est toujours périlleux de prédire l’avenir, il est déjà certain que cette technologie devrait bouleverser plus d’une pratique… voire le droit de la propriété intellectuelle.

L’impression 3D est une technologie qui permet « d’imprimer » (le terme est un peu impropre) un produit : vous téléchargez le plan d’un modèle sur internet (ou scannez l’original en 3D, ou même le concevez si vous avez de l’imagination et du talent) et votre imprimante vous le restitue, en 3D (par exemple un meuble pour la maison de poupée de votre fille, mais aussi une prothèse pour accompagner un patient ;  pour voir concrètement, visiter le site de Makerbot, pionnier du secteur).

Cette technologie est en plein développement. Avec le temps, les prix des imprimantes baissent et elles devraient bientôt devenir accessibles au grand public (en 2013, il s’en est vendu 56 000 dans le monde). Demain, nous serons peut-être tous des « makers » comme l’écrit Chris Anderson : dans la tendance du « do-it-yourself », Monsieur et Madame tout-le-monde pourront imprimer chez eux plutôt qu’acheter en magasin ou auprès d’un fabricant. Dans le secteur de la logistique, on s’interroge déjà sur ce que l’impression 3D apportera comme changements : si les consommateurs impriment leurs pièces de rechange, ils ne se les feront plus livrer…

Les usages de l’impression 3D ne sont évidemment pas révolutionnaires que pour les consommateurs. Dans les entreprises, les inventeurs pourront tester leurs créations en imprimant des prototypes. Pour les PME, par exemple, c’est un atout au potentiel incroyable. La production industrielle pourrait s’en trouver, elle aussi, bouleversée.

L’impression 3D pose cependant aussi de nouvelles questions au droit de la propriété intellectuelle.

Dans le monde d’internet, où l’on a l’habitude que beaucoup de données soient gratuites et se partagent entre les utilisateurs, le premier réflexe est d’imaginer que les informations nécessaires pour imprimer en 3D (les modèles) seront disponibles gratuitement. Il suffira de se connecter à la bonne base de données pour trouver son bonheur, en échangeant sur le modèle peer-to-peer.

Cette façon de voir n’est absolument pas évidente. Les producteurs peuvent vouloir protéger leurs créations et sont inquiets du piratage… Sur certains sites, on peut déjà trouver de quoi imprimer tous les Lego de son choix. Dans de nombreux pays, le droit de la propriété intellectuelle autorise les copies pour usage personnel : certains considèrent qu’il faut remettre ce principe en cause. Un grand concours d’idées pour justifier l’interventionnisme public et les régulations diverses s’annonce, qui tentera de redéfinir le bon équilibre entre protection intellectuelle et stimulation innovatrice. Autant dire que les débats sur les « DRM » ou autres types de protection vont reprendre de plus belle.

En attendant, le marché innove et est déjà à la recherche de solution qui permettent de protéger le droit de la propriété : une start-up s’est lancée récemment qui développe une technologie ne permettant qu’une seule impression,.

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