Voici la chronique hebdo : Faut-il s’inquiéter de la course au monopole des géants du net ?

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L’année 2014 commence fort pour Google côté acquisitions : d’abord NestLab (pour 3,2 milliards de dollars) entreprise spécialisée dans la production d’objets connectés ; ensuite DeepMind, qui vient d’être acquise par le géant d’internet (pour 400 millions). L’entreprise est un pionner de ce qu’on appelle le « deep learning ». Et Google pourrait bien devenir leader de ce nouveau secteur … de quoi susciter des craintes et les fantasmes autour d’une emprise monopolistique de Mountain View.

Le deep learning est une technologie de création d’intelligence artificielle (voir ici une vidéo du MIT et ici une explication de la BBC): l’ordinateur apprend à reconnaître des éléments à partir des données qu’il enregistre. Par exemple, il devient capable de reconnaître un chat dans une vidéo sur internet, dès lors qu’il a « appris » ce qu’était un chat. Le sujet est particulièrement complexe ; à tel point qu’il n’y aurait que 50 experts dans le monde – et beaucoup d’entre eux ne sont toujours pas diplômés. Et une bonne partie d’entre eux travailleraient pour Google (« moins de 50% mais plus de 5% » explique la firme). Ils sont peu nombreux et pour cela payés des fortunes. L’acquisition de DeepMind par Google s’inscrit visiblement dans cette stratégie : rassembler en son sein les meilleures intelligences du domaine – voire toutes.

Dans cette course, Google n’est pas seule : Microsfot est aussi entrée dans la bataille, tout comme Facebook – qui vient tout juste de recrute une sommité mondiale du secteur, un Français : Yann Le Cun.

Au-delà de la technique, la dynamique est intéressante car elle illustre bien les tendances « monopolistiques » d’internet.  Dans le domaine du « deep learning » comme dans d’autres les géants du net rachètent les start-up les plus performantes et poursuivent leur course pour regrouper, en leur sein, les technologies les plus récentes. Leur but est clair : ne pas laisser se développer hors de leur giron une pratique qui pourrait révolutionner internet.

Cette monopolisation de l’innovation les conduit d’ailleurs à déposer brevet sur brevet, pour protéger leurs découvertes – et les garder pour eux. Google, par exemple, a considérablement augmenté le nombre de dépôts depuis 2011.

Un premier réflexe serait de s’en inquiéter, de craindre que le marché s’en retrouve bridé et que, finalement, ces géants deviennent des colosses dangereux (surtout qu’ils sont américains, argument qui fait toujours son effet dans un débat français).

Il faut pourtant aller plus loin.

Ce que montre cette dynamique, c’est que le monde d’internet est engagé dans une course perpétuelle à l’innovation, qui conduit à créer toujours plus, à trouver de nouveaux produits et à développer de nouvelles technologies.

Quand Google rachète une start-up qui réussit, elle lui donne aussi des moyens financiers sans précédents. Quand Apple développe l’iPhone, il incite Androïd à apparaître et le concurrencer… et en retour les marchés attendent de la marque à la pomme qu’elle innove encore et toujours pour garder la tête de la compétition.

Les monopoles d’internet sont le résultat d’une course à la performance. Cette quête continue engage un processus vertueux. L’innovation croît, la performance aussi et les biens s’en retrouvent plus efficaces et plus accessibles. A priori, pas de raisons de pleurer…

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