Voici le texte de ma chronique : Education nationale : ce qu’il faudrait faire pour que le numérique ne soit plus un simple gadget

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En ce moment se tient à Londres le BETT Show. Moins médiatique – mais peut-être plus reconnu – que le WISE (World Innovation Summit for Education) de Doha, le BETT est un peu La Mecque de l’innovation (particulièrement technologique) en matière d’éducation. 

Au BETT Show, on croise à la fois Microsoft et des entreprises innovantes du monde entier – comme OpenClassrooms, un site français –, mais aussi des innovateurs géniaux de la pédagogie comme Ron Clark, fondateur de l’Academy qui porte son nom et qui fait aimer l’école aux enfants en utilisant des pratiques que le ministère de l’Education nationale ne manquerait pas de qualifier de pas très conventionnelles…

Car en France, le problème vient bien de là : l’organisation hyper centralisée du système éducatif qui empêche les innovations et interdit le système d’évoluer réellement.

Bien sûr, il existe des innovateurs pédagogiques plus ou moins connus et reconnus, comme Michel Zorman que cite régulièrement en exemple l’Institut Montaigne, et, d’une certaine manière, comme des milliers d’enseignants qui créent de nouvelles méthodes dans leurs pratiques quotidiennes. Mais il n’existe pas d’espace de liberté réelle ni surtout de valorisation de l’innovation pédagogique.

Vincent Peillon a lancé une dynamique autour du « numérique à l’Ecole » : des déplacements ministériels et médiatiques ont été organisés, de beaux rapports bien denses (mais avec de belles images et un graphisme sympa – car être numérique c’est être tendance et moderne) ont été rendus, une page est même consacrée au sujet sur le site du ministère. Tout cela part certainement d’une très bonne intention mais est voué au mieux à un succès particulièrement lent (et au pire à un échec patent) en raison de l’hyper centralisation administrative.

Quand le ministère décide de passer au numérique, il fait du « top-down ». C’est une décision prise dans les bureaux lambrissés de la Rue de Grenelle qui met en branle le système (très rigide) avec l’espoir que les bonnes intentions finissent par transmettre l’énergie et l’enthousiasme tout en bas de la chaîne, auprès des élèves. C’est évidemment un pari risqué et une méthode douteuse : elle ne conduit à aucune appropriation de la part des enseignants qui sont las de subir les lubies des ministres successifs – lesquels sont souvent de courte durée.

Surtout, quand le ministère décide de passer au numérique, il le fait sans avoir visiblement saisi l’ampleur de la technologie ni sans avoir expliqué et transmis ses possibilités à l’ensemble du système éducatif. Installer quelques tableaux numériques par-ci et distribuer quelques tablettes par-là ne sert à rien si les enseignants et les élèves ne sont pas formés à les utiliser et à découvrir tout leur potentiel. Le tableau numérique ne se contente pas de remplacer la craie, il offre des ressources formidables pour illustrer les cours, pour suivre les élèves, pour révolutionner l’apprentissage. Internet n’est pas seulement une source de pages statiques, c’est aussi une base de données et de ressources pédagogiques à exploiter.

Pour que le numérique joue à plein à l’école, il faut faire le pari de la confiance et de la responsabilité des établissements locaux. C’est à leur niveau que l’intégration numérique doit se faire : certains y seront très favorables, d’autres plus réticents ; certains se lanceront dans des innovations pédagogiques fondées sur internet, d’autres choisiront de revenir à des pédagogies traditionnelles. Après tout, peu importe puisque tous seront évalués sur leurs résultats.

A la Nouvelle Orléans, à la suite du passage de l’ouragan Katrina, il a fallu tout reconstruire, y compris le système éducatif. Les autorités se sont saisies de cette aubaine contrainte pour révolutionner l’école : désormais, les établissements publics jouissent d’une très grande autonomie. Les résultats sont sans appel : en quelques années, les élèves enregistrent des performances significativement supérieures. La recette miracle a été de permettre aux équipes de s’adapter à leurs élèves et aux contextes locaux, au lieu de suivre des directives uniformes venues d’en haut.

En France, à l’inverse, l’Etat central refuse de faire confiance aux acteurs locaux, même publics, et encore plus aux acteurs privés (il suffit de voir, par exemple, que c’est l’Etat qui a lancé un MOOC à la française … #desastre). Tout est décidé à la tête, sans que le reste du système ne soit impliqué. Tant que l’Education nationale reposera sur cette organisation, le numérique restera un gadget peu utile…

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