Voici le texte de ma chronique publiée ce 2 janvier sur Atlantico : Vidéos à la carte : pourquoi la France risque d’attendre longtemps avant de pouvoir profiter de Netflix

A lire ci dessous et sur le site d’Atlantico

netflix

L’année 2013 s’est finie en apothéose pour Netflix, le distributeur américain de vidéo à la demande par abonnement (SVOD) : ses résultats ont augmenté de près de 300% et il est passé devant HBO en nombre d’abonnés. Les recettes de son succès ne semblent malheureusement pas prêtes de produire leurs effets en France.

L’offre de Netflix propose aux consommateurs de payer entre 7 et 12 dollars par mois pour accéder à un catalogue de vidéos, à la carte, sur un ou plusieurs de leurs écrans. Chacun peut consommer son film ou sa série à l’heure qui lui plait et sur l’écran qui l’arrange. C’en est fini des rassemblements familiaux et nationaux devant le poste de télévision et des heures de loisirs contraintes.

Netflix ouvre ainsi de nouveaux modes de consommations culturels à l’âge du numérique. Dans la dynamique des tendances ouvertes par internet, le site propose un usage individualisé et personnalisé, laissant au spectateur une gamme de choix immenses dans le contenu de sa consommation et dans sa forme. Netflix, c’est la télévision qui dépasse le téléviseur : dans sa « vision de long terme », le groupe explique son ambition d’être présent sur tous les écrans, à tous les instants de loisir – et ainsi révolutionner la consommation culturelle. Il arrive en Europe (aux Pays-Bas notamment), mais pas en France.

Dans l’Hexagone, où le cinéma bénéficie d’un traitement particulier, les contraintes au développement d’une offre comme celle de Netflix sont nombreuses. Il faut dire que l’entreprise a des effets profondément « disruptifs » sur l’ensemble de la chaîne de l’industrie cinématographique.

En 2013, Netflix a produit des séries remarquées : House of Cards et Orange is the New Black (dont l’ensemble des épisodes ont été dévoilés en une fois, bouleversant le rythme traditionnel des saisons de télévision). En réalisant lui-même son contenu, Netflix entre dans l’ère d’offres exclusives et ne se contente plus de négocier avec les studios pour diffuser leurs productions. Netflix intègre ainsi l’ensemble de la chaîne de production, depuis le contenu amont jusqu’à l’écran du consommateur (qui variera d’autant plus que Netflix va même se lancer sur le câble).

C’est bien dans le contenu que se situe l’essentiel des enjeux : diffuser à la carte n’a de sens que si les consommateurs peuvent accéder à un contenu de qualité. Or, la loi française impose aux diffuseurs de présenter un quota de films français… lesquels sont financés (en raison d’une autre obligation légale) par les chaînes de télévision traditionnelles qui en détiennent les droits, dont la diffusion est en encadrée par la chronologie des média qui interdit la diffusion rapide de films hors des cinémas.

En clair, sauf à ce qu’il produise lui-même l’intégralité de son contenu (en respectant le quota d’œuvres françaises), Netflix devra négocier avec les opérateurs confortablement installés l’acquisition de leurs propres droits et tenter de les concurrencer en diffusant sur son réseau leurs productions datées… Le problème n’est pas qu’hypothétique et a été souligné dans les décisions de l’Autorité de la concurrence récentes relatives au secteur. Ajoutez à cela que Canal Plus, profitant de sa position protégée par la législation, s’est lancé dans le business de la SVOD et le paysage concurrentiel se révèle clairement obstrué : des règles contraignantes et un acteur dominant…

Netflix se lancera peut être en France : les rumeurs reviennent régulièrement, encore récemment à la suite d’une décision de justice sanctionnant les sites de streaming. Mais le site devra affronter des barrières concurrentielles arbitraires et énormes. En attendant, les consommateurs Français devront se satisfaire de l’élargissement horizontal de la TNT, avec des nouvelles chaînes comme les autres.

 

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