Voici le texte d’une interview pour Atlantico : Créations d’emplois : les start-up sont-elles un miroir aux alouettes ?  

A lire ci dessous et sur le site Atlantico

travailleur

Difficile de savoir qui créera l’emploi de demain. Une chose est sûre, le numérique affecte et crée de l’emploi dans les grandes et les petites entreprises.

1. Selon une étude de l’OCDE, la majorité des emplois détruits entre 2001 et 2011 en France ont été supprimés dans des entreprises de plus de cinq ans. A l’inverse, les créations nettes d’emplois ont été le fait des jeunes et de très jeunes entreprises fondées après 2008. Les start-up sont-elles réellement l’avenir de l’emploi en France ?

L’étude de l’OCDE montre que “les jeunes entreprises de moins de 50 salariés ne représentent qu’environ 11% de l’emploi total, mais sont généralement responsable de plus de 33% des emplois créés”. Il ne s’agit pas que d’entreprises innovantes du secteur numérique mais de l’ensemble des jeunes petites entreprises (en France, selon l’INSEE, près de 3,6 millions d’entreprises ont moins de 50 salariés, soit 99% du total et 94% des créations se font sans salarié).

L’avenir de l’emploi, s’il est possible de le déterminer, est certainement du côté des entreprises qui innovent et proposent des produits et services qui répondent mieux aux attentes du marché. Cela peut être le cas de très grosses entreprises, mais elles ont été confrontées à une conjoncture structurellement défavorable les obligeant à rationaliser l’emploi. Les petites entreprises, jeunes, sont aidées par leur souplesse et probablement plus souvent portées par une envie d’innover et de proposer de nouvelles offres : selon l’INSEE, 44% des créateurs sont motivés par l’envie d’affronter de nouveaux défis et 14% par une idée nouvelle.

2. Ces créations d’emplois concernent le court terme. A moyen et long terme, cette règle semble moins nette et la faculté des start-up à créer des emplois paraît surévaluée. Pourquoi les start-up sont-elles un miroir aux alouettes ?

Il est illusoire de prétendre que demain tous les Français seront salariés en basket et en jean dans des entreprises numériques ultra-innovantes (surtout, il est irréaliste de dire de quoi l’emploi sera fait à l’avenir). Personne ne défend vraiment cette perspective.

Le numérique transforme l’économie : les emplois seront tous affectés, de manière directe ou indirecte. Mais l’économie numérique ne concerne pas que le virtuel. On peut imaginer trois cercles de diffusion.

Au cœur du numérique, on trouve certaines entreprises qui y sont totalement consacrées, soit qu’elles proposent des services totalement dématérialisés (un réseau social par exemple), soit qu’elles fabriquent des technologies nouvelles (un écran interactif, une transmission de données etc.). Elles créent de l’emploi directement dans un secteur du numérique.

Le deuxième cercle est celui de la diffusion à l’ensemble des secteurs de l’économie : il concerne les entreprises qui ne sont pas dédiées au numérique mais dont les pratiques industrielles et économiques sont transformées par lui (ce sont les clients BtoB du premier cercle). En se diffusant, les nouvelles technologies rationalisent les processus traditionnels, ce qui permet de gagner en efficacité (AWS est l’offre « cloud » que fait Amazon aux entreprises par exemple).

Le dernier cercle est celui de la proximité avec le consommateur. Dans ce secteur, au terme de la chaîne logistique, le service repose sur la relation humaine soit parce qu’il s’agit d’une forme de qualité (le client, qui paie plus cher, est pris en charge par un vendeur) soit parce que l’humain est, d’une certaine façon, une technologie indépassable : dans le e-commerce, par exemple, il n’existe pas à ce jour d’alternative au livreur. Cette dernière étape maintient de l’emploi local.

Le numérique affecte l’emploi : il le modifie et en crée. Cela peut être le cas dans des petites start-up comme dans de très grandes entreprises installées.

3. Les industries ne sont-elles pas plus prometteuses en termes d’embauches à venir ?

Il est très difficile de savoir qui créera de l’emploi demain. Cela sera peut être des géants du numérique ou des petites entreprises devenues grandes dans une industrie innovante.

Au premier abord, l’industrie n’a pas l’air très porteuse … L’emploi industriel en France a considérablement baissé ces dernières décennies : entre 1980 et 2007, il a baissé de près de 40% en France et la tendance se poursuit (contrairement aux idées reçues, la mondialisation n’est pas le premier facteur explicatif, c’est plutôt l’externalisation et les gains de productivité).

Cela n’interdit pas de penser qu’une entreprise industrielle créera demain de nombreux emplois. Le plus probable, à nouveau, est que les entreprises qui créeront de l’emploi seront celles qui colleront le mieux aux évolutions du marché.

4. L’industrie aéronautique ou l’industrie pharmaceutique, considérées comme nouvelle, paraissent plus stables et plus prometteuse en terme de croissance – et donc d’emploi. Est-ce sur elles que le gouvernement doit avant tout axé sa politique pour l’emploi ?  

Si le Gouvernement veut aider un secteur économique, la solution la plus sage est probablement qu’il s’en tienne éloigné. Il évitera ainsi de créer des réglementations contraignantes, de subventionner des acteurs inefficaces, d’accroitre une fiscalité étouffante. David Thesmar et Augustin Landier expliquent très bien, dans leur dernier ouvrage, pourquoi il faut se méfier des éclairs de génie de l’appareil administratif qui croirait deviner sur quel secteur il faut axer toute une politique.

Le Gouvernement doit créer les conditions globales et le cadre général pour qu’une entreprise qui innove, par ses produits ou dans ses services, répondant mieux aux attentes du marché, puisse se développer. Peut-être sera-t-elle industrielle, peut-être sera-t-elle dans le numérique ; mais peut-être sera-t-elle aussi dans un tout autre secteur, utilisant les nouvelles technologies pour rationaliser sa production, le digital pour accroître sa diffusion et la recherche fondamentale pour améliorer son offre.

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