Voici le texte de ma chronique cette semaine : Les drones d’Amazon ont-ils une chance de voir le jour compte tenu des règlementations archaïques qu’ils devront affronter ?  

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Amazon a annoncé lundi une nouvelle innovation majeure : la livraison par drones. Le but est d’améliorer l’atout principal du distributeur : la logistique. Le tout pourrait être bloqué par une réglementation trop sévère et archaïque…

Il aura suffi d’un entretien dans l’émission « 60 Minutes » pour que Jeff Bezos replace l’entreprise qu’il a fondée, Amazon, à la « une » de tous les média du monde et rappelle qu’elle reste à la pointe de l’innovation (idéal, un jour de Cyber Monday où le distributeur enregistre 300 commandes par seconde aux Etats-Unis). Son annonce phare est la mise en place d’un système de livraison des produits de moins de 5 pounds (environ 2,3 kg ; ils représenteraient 86 % des produits du distributeur) en 30 minutes maximum … grâce à des drones, baptisés « octocopter », et un service « Amazon prime air ».

Magnifique « coup de com » ou plan concret, le projet se heurte à une quantité d’obstacles d’ordre réglementaires, plutôt que techniques.

L’accueil a été sceptique. On imagine en effet difficilement  des milliers de petits drones vrombissant au-dessus de nos têtes comme un essaim d’abeilles. On a tort ! L’industrie des drones est assez avancée. Sur le plan militaire, ils sont déjà bien utilisés, notamment par la France et l’US Air Force pour des frappes ciblées (ce qu’Obama fait régulièrement sans que personne ne scille).

Sur le plan civil, l’industrie se développe rapidement. Des tests de livraison de pizza se font, en Chine les drones de SF Express sont utilisés pour apporter les produits aux clients et la start-up Matternet les utilise à Haïti pour faciliter le transport de vivres aux réfugiés. Des commentateurs y voient l’avenir de la sharing economy (« j’emprunte un objet et le rend par drone »). Chris Anderson, auteur à succès et ancien rédacteur en chef de Wired s’est même lancé dans le business (avec 3D Robotics). Amazon s’inscrit dans cette lignée, tout en innovant dans ce qui fait sa force réelle : la logistique.

D’un point de vue technique, la mise en marche d’une armée de drones n’est pas évidente, mais visiblement pas impossible. Evidemment, il faudra faire en sorte que les appareils ne se heurtent ni aux immeubles ni aux poteaux électriques et qu’ils ne lâchent pas n’importe quoi sur n’importe qui. Pour autant, John Hansman, professeur d’aéronautique au MIT, considère que rien de tout cela n’est insurmontable.

Ce qui risque de bloquer le projet de Jeff Bezos, c’est la réglementation…

Le PDG d’Amazon l’a dit, son projet nécessite l’aval de la Federal Aviation Administration (FAA). Même si le Gouvernement considère qu’il devrait il y avoir 7500 drones dans le ciel américain d’ici 2018, l’administration n’a pas l’air très enthousiaste. La FAA réfléchit cependant à un changement de la réglementation pour permettre à ces drones (ou UAS, unmanned aicraft systems) d’évoluer dans l’espace aérien américain ; l’annonce de Jeff Bezos permettra à Amazon de peser sur son élaboration. L’Europe n’est pas en reste : l’Agence de Sécurité Aérienne Européenne (AESA) semble elle aussi trainer des pieds. Quant à la France, elle serait l’un des pays les plus en avance en matière de réglementation, avec un arrêté d’avril 2012.

Sans surprise, les régulateurs régulent, ils produisent des normes. Avec la sécurité, c’est la protection de la vie privée (« privacy« ) qui est le motif le plus invoqué pour les justifier.

Pour autant, ces règles préalables, envisagées pour un business qui n’existe toujours pas concrètement, sont autant de contraintes pour les opérateurs. En voulant réglementer ex-ante les activités des drones, en prétendant anticiper les développements du marché, les autorités font peser un risque réel d’étouffer les innovations. Une règle générale et uniforme peut elle encadrer efficacement des pratiques qu’elle ignore encore ? Qui peut prévoir ce que seront les usages des drones dans 5 ans (quand on sait qu’il y a 5 ans, par exemple, l’iPhone existait à peine) ?

Dans un papier d’avril dernier remis à la FAA, le Mercatus Center (think tank) appelait à déréguler le ciel américain, pour permettre le développement de l’industrie des drones. Dans un article, l’un des auteurs rappelait cette anecdote historique : dans une publication de la Harvard Law Review de 1890, Samuel Warren (qui devint avocat) et Louis Brandeis (qui fut membre de la Cour suprême) s’inquiétaient de ce que le développement des appareils photo et de la presse risquaient de porter de graves atteintes à la vie privée en révélant partout ce qui aurait dû rester dans le cercle privé… Il ne sert à rien d’avoir toujours peur ni de vouloir tout réguler.

L’annonce d’Amazon est une bouffée d’air frais pour l’industrie des drones. Il ne faudrait pas qu’une réglementation trop stricte la tue. Les premières expérimentations nous en apprendront plus qu’un texte technocratique et théorique…

 

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