Voici la chronique de la semaine : Pourquoi, s’il était cohérent, le gouvernement devrait protéger voire subventionner la prostitution…  

A consulter sur le site d’Atlantico ou ci dessous.

pute

Internet, dans le porno comme ailleurs, tue le commerce traditionnel. S’il était fidèle à sa logique, le gouvernement devrait donc adopter les mêmes lois pour le marché du sexe que pour l’ensemble des nouveaux secteurs qu’il entend réguler (les taxis, le commerce en ligne, etc.)… Décryptage, comme chaque semaine dans la rubrique « Le buzz du biz », du marché français.

Il aura suffi d’une tribune, brutalement provocatrice, signée par « 343 salauds », pour que le « tout Paris » médiatico-politique s’émeuve, s’agite, s’indigne – bien plus intensément et rapidement qu’il ne le fait, d’ailleurs, pour les chômeurs, la faillite de l’Etat ou la croissance anémique… L’objet du débat est une proposition des députés socialistes visant à pénaliser les clients des prostituées (on emploiera, par convention rapide, le féminin, tout inexact qu’il soit).

Or, s’il était cohérent, le gouvernement ne devrait pas s’attaquer à la prostitution mais la défendre ! Comme il défend les taxis contre les VTC, comme il se bat pour les libraires contre Amazon, comme il défend le cinéma subventionné contre le piratage, le gouvernement devrait mener une fronde réglementaire et régulatrice pour protéger les prostituées. Car elles sont elles aussi victimes de la concurrence d’Internet (ce que le gouvernement n’aime généralement pas beaucoup).

Le marché du sexe – car c’en est un – est particulièrement révélateur des évolutions économiques induites par le numérique. On y retrouve l’atomisation de l’offre, l’empowerment du consommateur, la fortune rapide (et les fraudes fiscales), de vraies questions concurrentielles … et la transformation de l’emploi.

Internet permet d’abord la profusion de l’offre : c’est vrai pour acheter des livres en ligne ou télécharger les blockbusters ; c’est aussi vrai pour consommer du porno. S’il est difficile d’évaluer exactement le nombre de sites pornographiques (en 2010, Reuters indiquait qu’on en recensait 370 millions, récemment la BBC a repris une évaluation selon laquelle ils représenteraient 37 % du contenu d’Internet), il est admis qu’il y en a beaucoup et qu’ils connaissent un certain succès (sur les 6 dernières années, 1,2 million d’années de vidéos pornographiques auraient été visionnées sur deux des principaux sites).

Dans ce contexte d’atomisation du marché, l’émulation entre les acteurs est forte, ce qui les incite à innover : les google glasses par exemple ont déjà été utilisées pour réaliser un film… Une autre solution, plus problématique, consiste à élargir la demande : 56 % des jeunes de 18 ans a déjà fréquenté un site pornographique, ce qui leur vaut le charmant surnom de « génération youporn ».

L’offre a évolué aussi vers un empowerment du consommateur : la tendance du « DIY »  pornographique a explosé. Le « DIY », ou « Do It Yourself », correspond à la possibilité pour les internautes de bricoler, de réaliser eux-mêmes leurs productions, ce qui fait d’eux des makers : dans le X, cela conduit à l’apparition des films amateurs …

Signe des temps, Internet, dans le porno comme ailleurs, offre la possibilité de faire fortune. Récemment, Fabian Thylmann, fondateur d’un empire de sites pornographiques (groupe Manwin, basé au Luxembourg : il y a bien des champions européens du Net !), a revendu les parts de sa société Youporn : il aurait empoché près de 100 millions de dollars au passage. Au demeurant, comme dans le reste de l’économie aussi, les acteurs de l’Internet pornographique pratiquent l’évasion fiscale : Fabian Thylmann a été arrêté en 2012 en Belgique à ce sujet …

Le X sur Internet est en outre confronté à de réelles problématiques concurrentielles : Manwin (1000 salariés et 70 millions de visiteurs par jour tout de même!) a récemment engagé puis cessé une procédure antitrust contre son concurrent ICM. L’enjeu n’était pas anodin pour l’économie numérique, puisqu’il s’agissait de l’utilisation des noms de domaine (en « xxx »).

Surtout, et c’est ce qui devrait préoccuper le gouvernement : comme dans le reste de l’économie, la distribution de sexe en ligne tue le commerce traditionnel ! En clair, les consommateurs de pornographie se tournent désormais beaucoup vers leurs écrans que vers les sex-shops et les prostituées ! Pour l’industrie pornographique traditionnelle, c’est un vrai défi structurel à surmonter. Ça l’est aussi pour la prostitution : dans le Nevada, connu pour son offre, le commerce se meurt dans les petites villes du sexe, tuées par la concurrence d’Internet qui attire de plus en plus de chauffeurs routiers !

Internet a un effet disruptif sur l’ensemble de l’économie, notamment dans le secteur de la pornographie. A priori, de nombreux emplois sont menacés. S’il suivait sa ligne, le gouvernement devrait protéger la prostitution et les sex-shops – voire les subventionner ! A l’inverse, s’il décide de ne pas intervenir, considérant qu’il faut laisser le marché se transformer et que des créations d’emplois en naitront (ce en quoi il aurait raison), il devrait alors adopter la même attitude pour l’ensemble des secteurs (les taxis, le commerce en ligne, etc.)…

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