La chronique, disponible ci dessous et sur AtlanticoL’Obamacare en état de mort cérébrale avancée à cause de l’administration américaine.

 

obamacareA l’heure du tout numérique, un Gouvernement peut-il être un bon webmaster ? Quand on voit la prolifération des sites publics français, pas tous sexys, il n’y a pas trop de doutes. Pourtant, aux Etats-Unis, pays gouverné par l’administration la plus hype du monde, la réforme de la santé du Président Obama (Obamacare) vient clairement montrer les limites de l’activisme public dans le numérique.

Pour s’opposer à la réforme phare du Président, le Parti Républicain en appelait aux grands principes. Ses représentants (notamment sa frange libertarienne) ont clamé, non sans talent mais avec excès, leur attachement à une vision de la liberté, radicale et entière : la mutualisation publique des dépenses sociales dans un régime obligatoire est une contrainte imposée sur les choix personnels. Point de vue est un peu difficile à comprendre en France, tant nous sommes drogués à la dépense publique, au contrôle social qu’elle implique et à l’irresponsabilité individuelle qu’elle engendre : il nous est totalement sorti de l’esprit que l’assurance individuelle puisse être défendue.

Qu’importe, car si Obamacare est en état de mort cérébrale, ce n’est pas pour d’ordre moral, mais pour de très techniques détails. Le site mis en place par l’administration Démocrate est un désastre cataclysmique.

Lors de sa première semaine de vie, à peine 1 % des utilisateurs ont pu s’enregistrer dans le dispositif.  Au 25 octobre, environ 20 millions de personnes ont tenté de s’y connecter une première fois, à peine 500 000 y sont parvenues… La déception est d’autant plus grande que le site a coûté la bagatelle de 600 millions de dollars, dont près de 94 millions pour le principal prestataire CGI Federal.

Le problème trouve en partie sa source dans le refus des Gouverneurs républicains (les méchants) de mettre en place des plateformes internet dans leurs Etats, ce qui a contraint l’administration fédérale (les gentils) à les suppléer en last minute. Mais il est beaucoup plus structurel : il révèle l’incapacité du Gouvernement américain à appréhender le numérique.

La première raison de cet échec tient, comme souvent, à une réglementation inadaptée, qui ne laisse pas vraiment la place aux entreprises les plus innovantes ni les plus performantes. Le Federal Acquisition Regulation, qui encadre les achats publics, est d’une telle complexité que, d’après deux spécialistes politiques du numérique, il garantit la sélection de l’entreprise « qui navigue le mieux dans cet océan de paperasse, mais pas nécessairement celle qui travaille le mieux ». CGI Federal avait été homologuée il y a quatre ans pour répondre aux commandes du Gouvernement, pas vraiment remise en cause depuis…

De façon plus technique, la mauvaise compréhension de l’administration américaine de l’outil numérique se relève aussi dans la façon dont la plateforme a été conçue : le développement du site n’a pas été participatif (« open source ») du tout. Au demeurant, il n’a même pas été testé avant sa mise en ligne.

La seconde raison, plus structurelle encore, tient à l’inadéquation profonde qu’il y a entre le modèle « mastodonte public » et le monde contemporain. Une nouvelle fois, la mésaventure Obamacare démontre qu’un cadre administratif dinosauresque, impotent et dépassé est totalement inadapté pour une économie moderne. En fait, ce sont près de 94 % des sites fédéraux des dix dernières années qui se sont révélés être des flops monstrueux.

Le numérique oblige à remettre en cause nos habitudes dans nos échanges mais aussi dans la façon de gérer le « back-office ». L’avantage du privé est d’être soumis directement à la contrainte de performance : s’il ne s’adapte pas, il meurt. Cf. Blackberry. Ce n’est, malheureusement, pas le cas des administrations ni de leurs cocontractants lorsqu’ils bénéficient de réglementations indument protectrices… Les plonger dans le bain de l’économie de l’effervescence leur ferait le plus grand bien !

 

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