La quatrième chronique, à lire ci dessous ou sur Atlantico : Comment le gouvernement a coulé les VTC

taxi

La rubrique du buzz du biz s’intéresse aux « nouveaux entrants » sur le marché, à leurs dynamiques innovantes et aux obstacles qu’ils rencontrent. Aujourd’hui, focus sur l’accord entre les taxis et les Voitures de Tourismes avec Chauffeur (VTC).

Quand, la semaine dernière, la presse a annoncé que les taxis et les voitures de tourismes avec chauffeur (« VTC »)* étaient parvenus à un accord, j’avoue avoir été surpris. Encore plus quand on a lu qu’il s’agissait d’un « compromis » et que l’un des principaux concurrents des taxis s’en félicitait, jugeant, de bonne foi, que cela allait « dans le bon sens ».

Surpris car, par le passé, accompagnant une commission qui avait proposé de réformer le monopole des taxis, j’avais pu constater combien ceux-ci n’étaient pas prêts de céder un début de commencement de leur portion de territoire.

Les jours suivants ont montré que le pseudo compromis n’était que de la poudre aux yeux – et même pire, un vaste mensonge, une escroquerie.

L’accord présenté dans un premier temps n’était pas idéal. Il avait tout des duperies dont la France a le secret : une interdiction pour la forme, inefficace en pratique ; une norme pour amuser la galerie, purement politique, une loi pour gâcher du papier. Le texte proposait que les VTC soient contraints de respecter un délai de 15 minutes entre la commande et la prise en charge des clients, mais uniquement pour les consommateurs inscrits depuis moins de 24 heures auprès d’eux.

Sur la forme, cela avait le mérite de créer une contrainte. Dans la pratique, elle était fictive puisque la majorité des clients des VTC sont abonnés. Les taxis ne s’y sont pas trompés et sont revenus à la charge : ils ont obtenu gain de cause et le gouvernement a sorti de son chapeau, l’air de rien, juste avant le week-end, une règle beaucoup plus contraignante. Finalement, le délai incompressible d’attente s’appliquera à tous les clients des VTC.

Cette nouvelle étape est particulièrement malvenue. Elle est révélatrice d’une approche erronée de l’économie, de l’ère numérique et elle est nuisible aux consommateurs.

Le communiqué de presse du gouvernement (signé, une fois de plus, par l’inénarrable Madame Pinel) est clair : il s’agit de « réguler la concurrence ». Car, comme chacun le sait, la concurrence c’est mal. Elle a le tort d’empêcher la planification, de déjouer les prévisions, de se faire par jaillissements soudains ou bouleversements lents et surtout, surtout, de venir perturber la vie paisible des rentiers (publics ou privés). Peu importe si elle a l’avantage de redistribuer les gains vers les consommateurs et qu’elle valorise les principes de mérite et d’innovation, le gouvernement a montré à plusieurs reprises qu’il était accroc à une vision cadenassée de l’économie : il n’aime pas la concurrence.

Cette façon d’agir est, je l’avais déjà relevé ici, profondément contradictoire avec l’effervescence de l’économie que nous connaissons grâce à Internet. A l’ère du numérique, tout bouge, tout change, au bénéfice d’un consommateur plus libre et maître de ses choix. Internet marque la lente érosion des monopoles d’hier. Les défendre n’est pas seulement un crime contre la concurrence, c’est aussi révélateur d’une profonde incompréhension de l’époque…

Enfin, last but not least, la mesure des « 15 minutes obligatoires » est un boulet qui va tirer les VTC vers le fond du lac, en ayant bien veillé à leur attacher les mains auparavant. Ce délai pourrait avoir des effets dévastateurs pour des entreprises dont 80 % des clients sont desservis aujourd’hui en moins d’un quart d’heure… Le gouvernement s’apprête à étouffer dans l’œuf un secteur innovant et créateur d’emploi. Applaudissements…

A l’inverse, il va continuer de protéger une profession qui profite d’une rente. Certes, les chauffeurs de taxis sont aussi victimes d’un système réglementaire de limitation de l’offre absolument catastrophique, mis en œuvre avec le temps par leurs syndicats et avec la complicité des autorités. Mais le résultat de la démarche, ô combien clairvoyante, de Madame Pinel et Monsieur Valls est assez simple : les choix des consommateurs vont se réduire, les opérateurs en place (les taxis) n’auront aucune incitation, ni aucun intérêt, ni à améliorer leurs services ni à baisser leurs prix. Au final, les clients paieront plus cher pour probablement moins bien. La logique est imparable. Elle est à pleurer. Re-applaudissements.

* Les voitures de tourisme avec chauffeur (VTC) ne sont pas des taxis : ils ne portent pas d’affichage lumineux et ne peuvent pas prendre quelqu’un dans la rue. Ce sont des véhicules, avec chauffeur, qui se commandent désormais facilement grâce à une application sur smartphone, qui permet de choisir son véhicule, son tarif, de le voir progresser. Les services sont généralement de « luxe » (chauffeur en costume, silence dans la voiture, batteries pour recharger son téléphone, eau etc.) et à un prix moins élevé voire équivalent à celui des taxis.

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